A longa marcha contra a discriminação
Les Fifties et l’homosexualité
“ce fléau qu’est l’homosexualité, fléau contre lequel nous avons le devoir de protéger nos enfants”
Paul Mirguet, député, juillet 1960
De la Révolution Française jusqu’à l’Etat Français du Maréchal Pétain, l’homosexualité n’est pas un délit en France. Le régime de Vichy, entendant lutter contre la dépravation que représente pour lui l’homosexualité, Pétain signe une ordonnance en 1942 qui fait de l’homosexualité un délit, l’article 334. A la libération cet article 334 est maintenu.
Aux Etats-Unis la chasse aux communistes de McCarthy se doubla d’une croisade anti-homosexuels. En Grande Bretagne l’homosexualité est tabou, l’affaire des “Cinq de Cambridge” mêlant espionnage et homosexualité va porter la paranoia anti-homos a incandescence. La Grande Bretagne encouragée par les américains met alors en oeuvre une campagne destinée à identifier les homosexuels dans les services publics, en utilisant les méthodes mises au point par le FBI. Ainsi Alan Turing, scientifique reconnu, arrêté en 1952 pour outrage aux bonnes moeurs après que son homosexualité soit découverte, dut subir un traitement hormonal, qui le conduisit au suicide en 1954.
En France dans les années 50, le Préfet de Police de Paris interdit aux homosexuels de se travestir même pour des spectacles. Il est également interdit aux hommes de danser entre eux. Ces sont les années de la rigueur moralisatrice où la censure veille.
“Ce dont les gens de mon espèce avaient, en ce temps, le plus à souffrir, c’était la crainte permanente de perdre la considération, de susciter le mépris, ou même la répugnance, de ceux de nos camarades qui nous eussent pris en flagrant délit de tendances homosexuelles. Il fallait à tout prix se taire, dissimuler, le cas échéant mentir, pour préserver une “respectabilité” révolutionnaire dont le prix ne se pouvait mesurer qu’en rapport avec l’abjection dans laquelle on risquait de choir si on laissait tomber le masque. Le résultat de cette autorépression est que j’ai côtoyé dans les mouvements révolutionnaires des militants qui, eux non plus, ne criaient sur les toits leurs penchants, si bien (…) qu’il faudra attendre le déclin de l’âge pour nous découvrir commensaux du Banquet.” Daniel Guerin

Peter Lorre , Humphrey Bogart “Le faucon Maltais”
Dans le cinéma français des personnages secondaires homosexuels sont présents dans des films de Marcel Carné, dont l’homosexualité est longtemps restée confidentielle. Notamment dans les “Enfants du paradis” (1945) ou “Hôtel du Nord” (1938). D’après Carné, les producteurs ne s’en sont pas rendu compte” dit Alain Brassart, critique. Les films de Jean Cocteau, explorent les fantasmes et la transgression. La Nouvelle vague représentera peu les homosexuels.Du côté de la littérature, c’est l’édition clandestine qui reste la règle pour les ouvrages les plus explicites dans la lignée du “Le livre Blanc” de Cocteau de 1930, “Notre-Dame des fleurs”, “Le Miracle de la rose”, “Pompes funèbres”, “Querelle de Jean Genet” (1944-48), Tiresias, de Marcel Jouhandeau (1954) pour les plus célèbres. Aux Etats Unis la parution de “The City and the Pillar” de Gore Vidal et de “Other Voices, Other Room” de Truman Capote marquent l’émergence d’une génération d’écrivain homosexuels.
Par ailleurs les écrivains de la Beat Generation rejettent toute norme sexuelle (Allen Ginsberg et Williams Burroughs étaient gays)

Marlon Brando “Un tramway nommé Désir”

Charlton Heston, Stephen Boyd “Ben Hur”
En 1958, le directeur de la police judiciaire, dans un discours lors d’une réunion d’Interpol décrit le milieu homosexuel comme “un milieu favorable à la délinquance, un “bouillon de culture”, où éclosent les virus criminels” et il dénonce la visibilité accrue de l’homosexualité : “Ses adeptes se rencontrent dans certains lieux publics, cafés, bars, cabarets, dont ils constituent la presque unique clientèle ; ils se signalent parfois par un comportement extérieur particulier, par le vêtement notamment qui, sans même parler du travesti interdit par le règlement, trahit aux yeux de tous, les moeurs de certains éphèbes, par la décoloration des cheveux, par le maintien général dont le maniérisme ne laisse aucun doute dans l’esprit”
Malgré tout en 1948 et en 1953, les rapport Kinsey sur la sexualité, ouvrent dans les pays occidentaux un débat longtemps interdit : celui de la liberté sexuelle. Kinsley fait scandale en disant que 50% des hommes interrogés ont déjà ressenti de l’attrait pour un autre homme (28% pour les femmes interrogées), et que 37% ont eu au moins un rapport homosexuel ayant mené à l’orgasme (20% pour les femmes).
Et les années 50 voient les premiers groupes de revendication homosexuels nommés alors homophiles, généralement américains et français, ils veulent faire accepter les gays et lesbiennes comme des minorités sociales en leur donnant une image respectable.“Saint-Germain semble occuper une place particulière dans la géographie et la sociabilité homosexuelles du temps (…) On peut croiser Jean Genet, Cocteau ou Jean Marais. Les homosexuels s’affichent librement dans les cafés, en particulier au Flore, à la Reine Blanche, au Royal Saint-Germain, à la Pergola. (…) Le Fiacre, au 4 rue du cherche-midi, un bar-restaurant spécifiquement homosexuel est particulièrement connu et apprécié. Il attire une clientèle internationale comme l’écrivain Christopher Isherwood en 1955 et l’été le flot des consommateurs déborde jusque dans la rue. La drague homosexuelle est particulièrement active dans les vespasiennes, comme dans tout Paris, et les appartenances sociales y sont plus variées. La présence régulière de ces édicules qui rythment le boulevard Saint-Germain et ses alentours, offre au visiteur infortuné une nouvelle chance, un peu plus loin, en cas d’insuccès premier (…) Le quartier est célèbre également par les “folles”, qui ne lui sont pas spécifiques, mais qui se remarquent par leur attitude efféminée, leurs habits, leur démarche ondulante, parfois le maquillage et surtout leur façon de parler…” Georges Sideris

Cocteau et Jean Marais sur le tournage de “La Belle et la bête” – Jean Genet

Allen Ginsberg – William Burroughs
En octobre 1952 sort le premier journal homosexuel “Futur”. Dès son 2ème numéro il est interdit à l’affichage, il revendique l’égalité et la liberté sexuelle et exige l’abolition des articles du Code pénal concernant les moeurs. Dirigé par Jean Thibault c’ est un mensuel au ton volontiers virulent et anti-clérical. Il dénonce l’ordre morale, les contrôles policiers, en particulier à Saint-Germain, et l’attitude du MRP, en particulier du député Pierre-Henri Teitgen. Le journal est condamné en 1956 pour outrages aux mœurs. “Futur représente un danger pour la morale publique” commentera le tribunal. Il s’arrêtera définitivement en avril 1956 après 19 numéros.L’association Arcadie, crée par André Baudry grâce au soutien de Cocteau et de Peyrefitte, publie à partir de 1954 la revue “Arcadie”. Se voulant au départ une revue «scientifique et littéraire» développant une réflexion sur l’homosexualité et son intégration dans la société, elle devient un véritable lieu de rencontre où les “homophiles” peuvent échanger sur leur condition. Marquée par son conservatisme, son refus de revendications, les homos se devant d’être convenables et discrets, Arcadie sera affaiblie par son incapacité à briser les résistances des institutions politiques à accepter l’homosexualité comme partie intégrante de la société. Et les revendications des mouvements homosexuels se radicalisent.

L’émeute du Stonewall Inn en 1969

Premiere marche de la fierté homosexuelle
