França: briga divide os socialistas
Bertrand Delanoë appelle à voter “massivement” pour Martine Aubry

Le Monde
Le maire de Paris a changé d’avis. Après avoir laissé entendre qu’il ne prendrait pas position dans la compétition engagée entre Martine Aubry et Ségolène Royal pour le poste de premier secrétaire, M. Delanoë a annoncé son soutien à la maire de Lille dans une lettre adressée aux militants socialistes, publiée lundi 17 novembre en fin de matinée.
“Au nom de mes convictions politiques, écrit-il, j’ai décidé de soutenir la candidature de Martine Aubry et j’appelle à voter massivement en sa faveur.” Il évoque la mauvaise image “offerte aux Français” par le congrès de Reims, la “responsabilité immense” des socialistes et “l’enjeu décisif de ce scrutin, comme l’ont démontré les principaux discours prononcés à Reims : l’identité même du Parti socialiste”.
Dimanche matin, s’adressant aux délégués en clôture du congrès de Reims, il n’avait donné aucune consigne de vote pour le scrutin du 20 novembre. Mme Royal a réagi lundi soir sur France 3, en dénonçant des “dirigeants (qui) disent quelque chose et font le contraire” et un Parti socialiste “qui a perdu le sens du code de l’honneur”. Elle a aussi renvoyé dans le même camp du “vieux PS” ses deux rivaux désormais alliés : “On voit l’éternel retour à l’oeuvre, a-t-elle déclaré. Avec Martine Aubry, il y a Laurent Fabius, avec Bertrand Delanoë, il y a Lionel Jospin. C’est le retour de ceux qui ne veulent pas passer la main à une nouvelle génération.” Son analyse est relayée par le troisième finaliste, Benoît Hamon, qui juge que “la vieille logique du règlement de comptes l’emporte sur le renouvellement”.
Le changement de pied de M. Delanoë en a surpris plus d’un, mécontenté beaucoup et ravi d’autres, comme l’ancien ministre de Lionel Jospin, Jean Glavany, pour qui il s’agit “de faire passer le parti avant les ego et le jeu des personnes”.
A l’issue du congrès et après son échec à constituer une majorité, le maire de Paris avait donné l’impression de vouloir se tenir au-dessus de la mêlée afin, expliquait ses proches, de préserver ses chances pour des échéances politiques plus lointaines. Dimanche matin, lors d’une assemblée générale des partisans de sa motion, il avait une nouvelle fois souligné la responsabilité de Mme Aubry dans l’échec des négociations entre leurs deux courants et en avait conclu qu’il fallait laisser la liberté de vote aux militants. Ce qu’avait vivement approuvé une partie des participants. M. Delanoë s’était immédiatement appliqué la décision en se contentant d’une formule vague : “Je mets nos forces à la disposition du PS”, avait-il déclaré.
“INSTINCTS PROFONDS”
“Une fois extrait de la marmite du congrès, analyse un ami de François Hollande, Bertrand a laissé parler ses instincts profonds. Il a été pris de terreur à l’idée de laisser le parti à Ségolène Royal.” Contrairement à M. Delanoë, les partisans de M. Hollande souhaitent ménager Mme Royal et veulent se tenir à distance d’une candidate, Martine Aubry, soutenue par Laurent Fabius, son allié principal.
Ils s’en tiendront à la décision prise dimanche, explique Stéphane Le Foll, le directeur de cabinet du premier secrétaire. Pour le député de Seine-Saint-Denis Bruno Le Roux, l’ancien ministre Michel Sapin ou encore Jean-Pierre Bel, président du groupe PS du Sénat, le maire de Paris a pris une “position personnelle” qui n’engage que lui.
Certains estiment même que l’attitude du maire de Paris pourrait le desservir. “Ne pas prendre position lui donnait de la dignité et lui réservait la possibilité de rebondir”, juge M. Sapin. Le strauss-kahnien Pierre Moscovici, allié tardif du maire de Paris, rappelle de son côté qu’il a “toujours été hostile au “Tout sauf Ségolène”", mais il refuse de prendre publiquement parti.
Le sauvetage de la fédération de Paris, où sa motion a fait un mauvais score (36,7 %) le 6 novembre, pourrait aussi expliquer le geste du maire de Paris. Il a en tout cas eu un effet immédiat. Mao Peninou, candidat de Mme Aubry au poste de “patron” de la fédération de Paris – dont l’élection aura lieu jeudi, en même temps que celle du premier secrétaire du PS – s’est retiré de la course lundi soir.
Christine Garin