Cézanne II
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Comme je l’ai écrit dans mon article précédent, les premières œuvres de Cézanne n’ont rien d’impressionnistes, c’est ce qu’il appelait “sa période couillarde”. Personnellement je la qualifierai plutôt de romantisme baroque.
Il faut dire que ses premiers tableaux reflétaient l’influence de Delacroix, peintre pour lequel il avait une profonde admiration, et aussi des réalistes, en particulier Courbet. Sans compter tous les autres peintres, que Cézanne “côtoyait” au Louvre.
Non seulement sa peinture était très “classique”, mais il y avait un côté que l’on pourrait qualifier d’espagnol, je pense à Murillo et même à Zurbaran.
Heureusement pour nous Cézanne a viré sa cuti, ce ne sont certainement pas ses œuvres-là qui nous auraient laissé un souvenir impérissable.
Dès les premiers tableaux, on s’aperçoit que chez le maître d’Aix la forme et la composition priment sur la couleur. Chez lui la couleur est plus là pour souligner la forme que pour créer une impression comme ce serait le cas chez Pissarro ou Monet. Je ne veux pas dire que Cézanne n’attachait aucune importance à la couleur, il en parlera souvent, mais il ne l’utilisera pas comme un peintre impressionniste ou pointilliste, qui eux vont se soucier de juxtaposer les tons complémentaires de telle ou telle façon, par exemple pour l’ombre d’un objet.
À titre indicatif voici quelle était la palette de Cézanne :
Jaune brillant
Jaune de Naples
Jaune de chrome
Ocre jaune
Terre de Sienne naturelle
Terre de Sienne brûlée
Vermillon
Ocre rouge
Laque de garance
Laque carminée fine
Laque brûlée
Vert Véronèse
Vert émeraude
Terre verte
Bleu de cobalt
Bleu outremer
Bleu de Prusse
Noir de pêche
En ce qui concerne le blanc , je n’ai aucun renseignement, peut-être a-t-il utilisé le blanc de céruse, dont à l’époque on ne connaissait pas encore la nocivité.
Au début Cézanne “s’embourbe” dans une pâte épaisse. Bien qu’il n’utilise pas le bitume comme son maître Delacroix, les fonds sont souvent noirs ou foncés. Par exemple, “Le déjeuner sur l’herbe” qu’il peindra en 1869, soit 8 ans après Manet.

Paul Cézanne – “Le déjeuner sur l’herbe” première version 1869 / 70 – Collection particulière.
Dans “La pendule noire” (1867), on va se rendre compte à quel point Cézanne attache de l’importance à la composition. Ce tableau est organisé selon des verticales et des horizontales, comme beaucoup plus tard aurait pu le faire Mondrian.
Remarquez le “cadrage” très particulier pour une peinture de l’époque, cadrage qui serait celui d’un photographe contemporain mais sûrement pas celui d’un peintre de 1860.

Je ne résiste pas à l’envie de vous conter la petite histoire de cette toile dont la sobriété et le dépouillement feraient facilement penser à une vanité. Tout l’esprit de Cézanne est dans ce tableau.
Vers 1867, date approximative à laquelle il fut peint, Zola habitait aux Batignolles, rue de la Condamine (Lire “l’Œuvre” ou Zola raconte les soirées du jeudi chez Sandoz, alias Zola) . Dans cette toile Cézanne avait réuni quelques objets chers à son ami. La pendule, bien sûr, son encrier, sa tasse à thé.
Curieux de constater que la pendule n’a pas d’aiguilles, venant d’un esprit aussi rigoureux que celui de Cézanne, ce n’est certainement pas un hasard. Peut-être voulait-il arrêter le temps, peut-être pressentait-il sa future brouille avec Émile ?
Pour l’explication du coquillage, voir un psy qui aura certainement beaucoup plus de choses à dire que je ne pourrais le faire sans tomber dans de la psychologie de bistrot. ![]()
Par la suite ce tableau ira dans la célèbre maison de Médan où, après leur “fâcherie”, il se retrouvera face au mur dans le grenier.
Aujourd’hui cette toile est au Musée d’Orsay où vous pourrez l’admirer et raconter son histoire à ceux qui ne la connaîtraient pas encore.

Paul Cézanne – “Le déjeuner sur l’herbe” deuxième version – 1870 / 71 – 89,5 x 166,5 cm. . Musée d’Orsay Paris.
Dans la deuxième version la “Période couillarde” a complètement disparu.
Décidément très marqué par Manet, Cézanne va peindre “Une moderne Olympia”, là aussi il en existe deux versions. La première a été réalisée quatre ans après celle de Manet. Il y a dans ce tableau une très belle recherche au niveau de la composition, mais l’ensemble reste encore très académique.

Paul Cézanne – “Une moderne Olympia, première version – 1867-70 – Collection privée.

Paul Cézanne – “Une moderne Olympia” deuxième version -1873 / 74 – 46 x 55,5 cm.- Musée d’Orsay Paris.
Dans la deuxième version, on trouvera une influence impressionniste beaucoup plus marquée. Il faut dire qu’entre temps Cézanne a rencontré Pissarro qui l’a fortement “impressionné”. Mais chez Cézanne le cerveau aura toujours la priorité sur l’œil, Cézanne est plus un cérébral qu’un instinctif, chez lui tout est réfléchi. Renoir peint pour s’amuser en se laissant aller à son instinct. Chez Cézanne, rien n’est laissé au hasard.
On connaît tous la célèbre formule de Cézanne : “Il faut traiter la nature selon le cube, la sphère et le cône”.
Et Émile Bernard ajoutait : “Si on est capable de dessiner parfaitement un cube, un cylindre et une sphère, on peut alors dessiner tout ce que l’on voit, que ce soit une table, une fenêtre, un paysage ou un visage… car tout objet, tout corps est structuré à partir de ces formes simples”.
En 1872, le séjour de Cézanne à Auvers- sur-Oise qui durera un an, va lui permettre de remettre en question les bases de son art.
On imagine facilement les discussions entre Cézanne, Guillaumin, le docteur Gachet et surtout son ami Pissarro.

Paul Cézanne – “La maison du pendu” – 1873 – 55 x 66 cm. – Musée d’Orsay Paris.
Durant cette période (1872 – 1873) Cézanne, Pissarro, Guillaumin et, bien entendu, le docteur Gachet travailleront ensemble dans le grenier de la maison qui a été aménagé en atelier de gravure. Ils y effectueront de nombreuses estampes.

Paul Cézanne – Pointe sèche 1873.

Paul Cézanne – La maison du docteur Gachet à Auvers-sur-Oise – 1873 – National Gallery Washington.
C’est maintenant que Cézanne va se libérer du “bourbier” dans lequel s’enfonçaient ses premières œuvres. La touche devient plus nette, les couleurs plus franches. S’il n’est toujours pas franchement impressionniste, il a retenu les leçons de Pissarro.
La nature morte chez Cézanne :
“Avec une pomme, je veux étonner Paris !”
Cézanne
Cézanne peint sur le motif. S’il s’agit d’un paysage, il est toujours possible de choisir un certain angle de vue, mais impossible de déplacer le clocher de l’église s’il n’est pas au bon endroit.
Avec la nature morte, l’artiste dispose les éléments comme il l’entend, rien n’est laissé au hasard. Cela convient particulièrement bien à Cézanne qui prendra un soin tout particulier à la composition de ses natures mortes. Cela ira du plus simple dont voici un exemple :

Paul Cézanne – Nature morte avec poire et pommes vertes - 22 x 32 cm. – Musée de l’Orangerie Paris.
Et parfois au plus compliqué :

Paul Cézanne – Nature morte au panier – 65 x 81 cm. – Musée d’Orsay Paris.

Paul Cézanne – Nature morte à la bouilloire- Musée d’Orsay Paris.

Paul Cézanne – Nature morte au vase pique fleurs – 1905 -81,3 x 100,7 cm. – National Gallery, Washington.
Ver Cézanne (I) aqui. A terceira parte continua amanhã no mesmo horário.
2 COMENTÁRIOS PARA "Cézanne II":
Alzira,
Não estou em condições de fazer traduções. Mesmo assim disponibilizo esses artigos para os leitores que falam alguma dessas línguas ( Espanhol, Inglês ou francês). Uma parte, pelo menos, pode aproveitar. Eu faço o blog sozinho e não tenho tempo para proceder a traduções (fora que meu português é fraco). Evidentemente quando existe a versão em português, escolho publicar na língua do Brasil.
Olá, tudo bem?
Parabens, seu blog é muito interessante , inteligente, de apurado bom gosto.
Se eu pudesse pedir-lhe algo, gostaria que… fossem traduzidos os textos para português.
Abraços,
Alzira