13/11/2008 - 19:00h Efeito “Obama” nos prêmios literários franceses?

por Suzanne Lehn

“The Obama effect,” the new set phrase for change French-style, from economics to sports to nearly every area of life, is shaking up the literary as well as the political communities. Whatever the agenda displayed by those concerned, diversity – meant as the contrary of discrimination in jobs, society, politics, etc… – seems, if not to be moving quickly, then at least to have sped up recently.Take the world of literary prizes, the season of which is at its height every November, after the yearly – and plentiful – start of the literary calendar. It is often caricatured as a combat area for a few market-leader publishing houses. On the same day, Nov. 10th, to everybody’s approval, the prestigious Goncourt Prize was awarded to Afghan writer Atiq Rahimi (Fr) for his first French-written novel , «Syngué Sabour» («Stone of Patience»), while the Renaudot Prize went to veteran Guinean novelist Tierno Monénembo for his book «Roi de Kahel».

Le grand journal, the “daily of French-speaking people in Mexico”, comments :

Est-ce un effet Obama ? Les prix Goncourt et Renaudot ont été attribués à des auteurs marqués par la diversité de leurs origines et de leur culture. Ils couronnent un Franco-Afghan et un Guinéen. Tous deux s’expriment en exil sur la guerre et l’oppression.
Pour Bertrand Visage, éditeur de Monénembo aux éditions du Seuil, « la littérature a précédé l’effet Obama. En effet, depuis dix ans, les jurés Renaudot ont joué la carte de la diversité et couronné trois auteurs d’origine africaine, Amadou Kourouma en 2000 et Alain Mabanckou en 2006. De leur côté, les Goncourt ont souvent ouvert la porte à des auteurs d’origine étrangère comme Andréï Makine et Jonathan Littell […]

Is it an Obama effect ? The Goncourt and Renaudot prizes have been awarded to writers characterized by the diversity of their origins and culture. They reward a French-Afghan and a Guinean. Both express themselves in exile on war and oppression.
For Bertrand Visage, Monénembo’s publisher at Editions du Seuil, «literature was ahead of the Obama effect. The Renaudot board has indeed played for ten years the diversity card and awarded three African native writers, Amadou Kourouma in 2000 and Alain Mabanckou in 2006. For their part, the Goncourt [board] often opened the door to writers from foreign origins, as Andréï Makine and Jonathan Littell […]

Destin de l’Afrique analyzing the book, the context, and the author’s biography, wonders :

Faut-il y voir une reconnaissance (tardive) de la créativité des plumes ‘noires’ ou s’agit-il un simple effet Obama, comme s’est interrogé un critique français ?

[…] Does that show a (belated) acknowledgement of the creativity of «black» pens, or is it only a matter of Obama effect, as a french literary critic was wondering ? […]
Chantal Serrière voices her enthusiasm in her blog, Ecritures du Monde, at Le Monde :

Un vent plus léger venu d’ailleurs souffle sur les prix littéraires, cuvée 2008. Soudain, on respire mieux. L’écriture se partage donc! D’un continent à l’autre! D’aucuns parleront d’effet Obama. Comme s’il s’agissait d’un phénomène de mode. Peut-être. Peut-être aussi s’avérait-il imposible de ne pas reconnaître enfin qu’on écrit en français, quelles que soient les origines de l’auteur, à Paris et même hors de l’hexagone. Bravo au jury du Renaudot pour ce choix!

A lighter breeze from abroad is blowing on the literary prizes, 2008 vintage. All of a sudden, you breathe again ! So writing can be shared ! From a continent to another ! Some will speak of an Obama effect. Maybe. Maybe it was also impossible not to at last acknowledge that [people] write in French, whatever the origins of the author, in Paris and even outside of the Hexagon. Congratulations to the Renaudot jury for their pick!
More about Atiq Rahimi here.

President Sarkozy was not outdone, and appointed a Cameroon-native prefect: in Fred-lille’s words :

Nouveau préfet des Alpes-de-Haute-Provence, Pierre N’Gahane est le dernier en date des hauts fonctionnaires issus de la diversité et promus par le président.

The new prefect in the Alpes de Haute Provence [department], Pierre N’Gahane is the latest high-ranking civil servant stemming from diversity and upgraded by the President.
Asked whether this appointment was aroused by the Obama effect, Minister of the Interior Michèle Alliot-Marie answered: “It means no more than acknowledging the qualities of a man who already exercised prefect duties.” [he was not yet a head of department, but was in charge of promoting equality of opportunities in nearby Bouches du Rhône department]

Political parties are all taking their stand in this new competition, claiming they did not just wait for Obama to jump on the scene to give minorities the visibility they deserve. This kind of competition led lowblogging to make fun of the current French Socialist Party’s leadership warfare:

Bertrand Delanoë et Martine Aubry n’ont cessé de le répéter au micro des journalistes ces trois derniers jours : la France aurait tout à gagner à suivre la voie ouverte par les Américains qui ont accordé leurs voix à Barack Obama. Pour trancher avec une classe politique française assez monochrome, Bertrand Delanoë et Martine Aubry auront tout loisir de mettre en accord leurs vœux pieux avec leurs actes en votant pour Ségolène Royal au Congrès de Reims. Née à Dakar en 1953, Ségolène Royal deviendrait ainsi la première Africaine de l’histoire à accéder au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. His-to-ri-que ! His-to-ri-que ! His-to-ri-que !

Bertrand Delanoë and Martine Aubry constantly said it again in front of the jounalists’ mikes during the three last days : It would be France’s best advantage to follow the road which was opened by the US people who gave their votes to Barack Obama. To contrast sharply with a rather monochromatic political class, Bertrand Delanoë and Martine Aubry will have all the leisure to put their pious hopes in harmony with their action by voting for Ségolène Royal at the Reims Party’s Conference. Born in Dakar in 1953, Ségolène Royal would become this way the first African woman in history stepping to the position of First Secretary of the Socialist Party. His-to-ric! His-to-ric! His-to-ric!

And finally, let’s speak hope, with the CRAN (Fr) (Conseil représentatif des associations noires de France), an organization federating French black associations, according to YannDarc:

FIERE de ses métissages (sic), la France, pays des Lumières et patrie des droits de l’homme, aura-t-elle un jour son Barack Obama au sommet du pouvoir ? Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) reçu hier à l’Elysée par le chef de cabinet de Nicolas Sarlozy pour demander que les élections européennes et régionales en 2009 et 2010 ne soient pas des scrutins « monocolores » , y croit.

PROUD of her mixed origins (sic), will France, country of Enlightment and motherland of Human Rights, have some day its own Barack Obama on the top of power? Patrick Lozes, President of CRAN, who was met yesterday by the head of Nicolas Sarkozy’s private staff to ask for 2009 European and Regional elections not being monochrome polls, believes so.
[…]

Un Manifeste pour l’égalité réelle, initié par Yazid Sabeg, enfant d’immigré devenu industriel, signé par des responsables politiques de droite comme de gauche et soutenu par Carla Bruni-Sarkozy, propose, depuis ce week-end, de lancer un « Grenelle de la diversité ». Et vite, histoire de surfer sur la victoire d’Obama qui a suscité de l’espoir auprès de millions de citoyens bien décidés à saisir l’occasion de se montrer enfin.

A Manifesto for a real equality, started by Yazid Sabeg, a son of an immigrant turned manufacturer, signed by political right as awell as left wing officials, and supported by Carla Bruni-Sarkozy, has suggested since this week-end to launch a «Grenelle for diversity.» And quickly so, just to surf on Obama’s victory, which aroused hope among millions of citizens who are quite determined to seize the opportunity of asserting themselves.

Well, let’s hope this «Grenelle of diversity» (as a reference to the Grenelle agreements which put an end to the May 1968 upheavals) will be luckier than the current «Grenelle of environment», a great package of good resolutions in danger of getting mired in the global economic crisis.

11/11/2008 - 16:35h Le Goncourt 2008 vu par Ariane Chemin: Deux ou trois choses que je sais d’Atiq Rahimi

Par Ariane Chemin

Cinéaste et romancier, Atiq Rahimi, qui vient de remporter le prix Goncourt, a toujours une histoire, un conte ou une légende persane à raconter. Ariane Chemin, qui l’a rencontré à plusieurs reprises, en sait quelque chose

 

Un frère communiste assassiné

«Aucun pays n’a connu comme l’Afghanistan tous les régimes possibles et imaginables en l’espace de 40 ans». Atiq Rahimi est né en 1962 dans une famille aisée et occidentalisée – il fréquente le lycée français de Kaboul. D’abord gouverneur du Panshir, son père, monarchiste, devient juge d’instruction. Le coup d’Etat de 1973 le précipite derrière les barreaux pendant trois ans.  Après le coup d’Etat communiste, en 1978, le frère d’Atiq devient communiste. Il tente – en vain – de rallier son frère aux prosoviétiques, et de le convaincre, puisqu’il est amoureux du 7ème art, d’aller étudier le cinéma à Moscou. Malgré la bourse décrochée dans une école fondée par Eisenstein, Atiq dit non.

Le frère d’Atiq Rahimi est assassiné dans la vallée où sévissait Gulbuddin Hekmatyar, mais Atiq n’apprend sa mort qu’en 1990, un an après le drame, alors qu’il se trouve en France, où il a obtenu l’asile politique en 1984.

Aujourd’hui,  les parents d’Atiq Rahimi vivent aux Etats-Unis, avec l’une de ses sœurs. L’autre est restée à Kaboul. Et quand le prix Goncourt se rend un mois sur deux dans la capitale afghane, il séjourne à l’hôtel: «je suis un peu difficile à vivre».

Kaboul mon amour

Atiq Rahimi a une passion pour Marguerite Duras. Il l’a découverte à Kaboul, au centre franco-afghan. Il y voit «Hiroshima mon amour», le film d’Alain Resnais, un hiver, en pleine guerre afghano-soviétique. «Je suis venu au cinéma par ce film. Je ne comprenais rien, et pourtant j’étais bouleversé. Je me suis dis: Kaboul sera mon Hiroshima». Chez un libraire, il trouve la traduction en persan du roman de Duras: «il était mal relié, les pages s’envolaient, mais il est devenu un trésor».

 

 

L_Amant_Duras.jpg

Quand il est arrivé en France avec sa femme et trouve refuge dans l’Eure, près de Rouen, il «plombe» son allocation de réfugié en achetant «l’Amant»: «soixante-dix francs de l’époque, je crois… J’ai toujours l’exemplaire, il n’y a plus de place dans la marge». En 2000, sa traductrice et amie Sabrina Noury envoie son premier livre, Terre et cendres, à plusieurs éditeurs. Atiq Rahimi n’arrive pas à croire que Paul Otchakovsky-Laurens accepte de le publier. «POL, c’était l’éditeur de Marguerite Duras!».

Jurons, dictionnaires et Grévisse

«Ce n’est que lorsque je suis rentré de nouveau en Afghanistan, en 2002, après 18 ans d’exil, que j’ai pu écrire en français. Avant, je m’en sentais incapable».Mais ce n’est qu’en 2008 qu’est paru son premier livre écrit directement dans sa langue d’adoption. Pour cela, Rahimi a travaillé un peu comme l’écrivain grec Vassilis Alexakis: avec un Robert en cinq tomes et le Grévisse. Et à Paul Otchakovsky qui découvre les jurons dans la bouche de son héroïne, il répond: «Mais je t’assure, les femmes afghanes, elles parlent comme ça!».

Un Coran et des tapis contre un tournage

En 2003, un an et demi après la chute des talibans, et trois ans après la publication de «Terre et Cendres», Atiq Rahimi choisit de tourner le film éponyme à l’endroit où se déroule l’histoire – une mine de charbon au nord de l’Afghanistan. Au départ, les habitants sont enchantés: «quand le décorateur s’est installé, ils ont cru que nous étions une ONG venue pour reconstruire le village…». Il faut expliquer. Voire mentir.

«Le jour où nous avons tourné la scène de l’incendie, le feu s’est approché trop près de la mosquée. Tout le monde était très en colère. J’ai dû expliquer au chef que nous racontions dans le film comment les soviétiques avaient bombardé leur village».

Pour se faire pardonner, l’équipe offre un Coran et des tapis.

 

Censure

 

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«Terre et cendres», le premier livre de Rahimi, publié en 2000 et écrit en persan, a été un succès en Iran. Le second, «les Mille maisons du rêve et de la terreur», n’est pas sorti dans ce pays. «Les services iraniens ont demandé que 40 pages des 160 pages du livre soient censurées. C’était non».

Religion

Atiq Rahimi résume son rapport à la religion dans cette jolie phrase:

«Je suis bouddhiste parce que je suis conscient de mes faiblesses; je suis chrétien parce que j’avoue ma faiblesse; je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse; je suis musulman parce que je combats ma faiblesse. Et je suis athée si Dieu est tout puissant».

Les contes de Bahudine Majrouh

«L’influence du soufisme sur l’écriture et le mode de vie d’Atiq, pour qui la poésie et sa puissance allégorique sont la seule façon d’appréhender le monde, est immense. Il est le fils spirituel du grand poète afghan Bahudine Majrouh», dit son ami Laurent Maréchaux, auteur  des «Sept vies» et de «Secrets de famille» (Le Dilettante). «Ca a été très particulier avec Madjrouh, raconte Rahimi. A 14-15 ans, j’achète un de ses livres, «le Dragon intérieur», par hasard dans une librairie de Kaboul. Je me souviens encore de cette couverture rose pale de mauvaise qualité on était dessiné un monstre enroulé sur lui-même». Comme pour «Hiroshima mon amour», mais bien que le livre soit écrit en perse, Atik ne «comprend rien», mais se sent «pris comme par une  forme de magnétisme»:

«Plus tard, j’ai lu Jung, Freud, “Ainsi parlait Zarathoustra”. Et j’ai compris. Majrouh, c’est comme un conte. Il fallait être initié pour le comprendre. Depuis, j’ai lu toutes les traductions de ses oeuvres en français».

The end

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Cinéphile averti, Rahimi a aimé récemment «tout Wong-Kar Wai, une telle sensualité», mais aussi «There will be blood», de Paul Thomas Anderson – «une mise en scène digne du meilleur Kubrick». Son mémoire de maîtrise de sémiologie du cinéma était intitulé: «Champ contre-champ dans la Nouvelle vague»; il a ensuite planché, à la Sorbonne nouvelle, sur «La fin dans les films». «J’ai toujours été frappé comment, dans la culture occidentale, la finitude, la finalité, la fin se rassemblent toujours, dit le conteur. Dans la philosophie orientale, en revanche, tout est dans la boucle, la répétition, l’infini…». Les livres de Rahimi s’ouvrent souvent sur beaucoup de possibles.

Quignard et Calaferte

 

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Il y a quelques semaines, Atiq Rahimi a découvert «la Mécanique des femmes», de Louis Calaferte. «Un lecteur m’avait demandé: tu t’es inspiré de lui? Je ne l’avais jamais lu!» Les goûts d’Atiq sont dictés par sa «culture persanophone» et son «attachement à la poésie française», dont il apprécie l’économie. Il aime Quignard, «à cause de son langage de conteur», et la «transparence de l’écriture d’Albert Camus»: «Bref, j’ai un faible pour le degré zéro de l’écriture».

Lieder de Schubert

« J’ai écrit “Syngue sabour” en écoutant tous les jours, avant d’attaquer sur l’ordi, “Le chant du cygne”, ce lieder de Schubert. Plus tard, j’ai découvert  le poème qui a inspiré Schubert. On y lit: “voilà un homme avec les yeux ouverts et cloués au plafond”»!

Star’ac afghane

 
Dossier spécial: Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

 

- Un entretien avec Ursula Lesiak: «Atiq Rahimi écrit par scènes et par plans»
- L’article paru dans l’Obs cette semaine: Un Afghan prix Goncourt?

Qui sait qu’Atiq Rahimi est le concepteur d’une Star’Academy afghane? Le cinéaste-écrivain est en effet directeur artistique auprès d’une chaîne de télévision privée, Télétolo (aube), fondée par une fratrie de la diaspora afghane installée aujourd’hui en Australie, et qui a créé à Kaboul la première radio FM (Arman, espoir), mêlant chansons, histoires drôles et … voix mixtes. Outre l’Afghan Star, il la conseille aussi pour «le Bazar du rire», une académie cathodique d’humoristes en herbe, lance il y a deux ans, et une Star’Ac du business.

Il y a un peu plus d’un an, Rahimi s’attelle à la «bible» d’un soap-opera: «Les secrets de cette maison». L’histoire: un afghan, parti au début de la guerre aux Etats-Unis, revient après trente ans dans une maison qui avait été gardée par des cousins. Ils entendent y rester: «Si on ne l’avait pas occupée, elle aurait été confisquée ou détruite!» La série n’a pas de tabous: difficultés des jeunes, la corruption, la drogue, l’amour… et fait un tabac – notamment chez les femmes et les adolescents. Du coup, Rahimi a créé un atelier d’écriture de scénario  qui produit 2 à 3 épisodes par semaine, et qu’il aide même lorsqu’il est à Paris, grâce à … Skype et YouTube. «Les secrets de cette maison» vient d’être primé au Séoul Drama Festival, en Corée. «S’il y a quelque chose à sauver en Afghanistan, dit Rahimi, c’est par  la culture et l’éducation».

A.C.

Tout le dossier spécial de BibliObs sur Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

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