22/11/2008 - 15:59h França: Le face-à-face entre deux blocs égaux fait caler le PS

Il faut croire qu’avec le Parti socialiste, le pire est toujours à venir. Après deux semaines de rivalités, marquées par un premier vote sur les motions qui a scellé l’émiettement de ses composantes, puis par un congrès qui aura vu la froide désunion de ses leaders, le PS ne pouvait imaginer final plus exécrable. Une élection inaboutie, sur fond d’accusations de fraude. Vendredi, la tension née de l’infime écart – 42 voix, soit une marge de 0,04% – qui sépare Martine Aubry et Ségolène Royal a provoqué une sorte de naufrage démocratique.

Il y a trois ans, le référendum sur le traité constitutionnel européen avait déjà mis aux prises deux camps au sein du PS. Ce nouveau scénario catastrophe menace d’aggraver encore la fracture entre les anti et les pro-Royal : le parti est coupé en deux blocs égaux. Ce dernier vote a aussi étalé au grand jour les rituels soupçons de pratiques frauduleuses, cette fois exacerbés.

Mme Royal progresse dans l’ensemble de 43% à 49% des voix, en captant une partie de l’électorat de Benoît Hamon. Selon ses partisans, elle enregistre cependant un gain bien moindre dans deux départements. Il s’agit de la fédération du Nord, la deuxième en importance dans le PS, qui soutient la maire de Lille. Et de celle de Seine-Maritime, l’une des dernières place fortes des amis de Laurent Fabius, très présents derrière Mme Aubry.

Devant de telles suspicions, les partisans de cette dernière rétorquent que les représentants locaux de Mme Royal ont signé les procès verbaux. Et contre-attaquent en évoquant des irrégularités commises dans les Bouches-du-Rhône ou dans l’Hérault, deux fédérations favorables à Mme Royal.

Sortir de l’impasse Le Parti socialiste tout entier paye son incapacité à faire cesser des pratiques – fausses cartes de membre, électeurs-fantômes, personnel municipal artificiellement encarté… – qui n’ont pas disparu malgré la création d’un fichier central des adhérents et son informatisation. Jusqu’alors, on s’accusait de vilaines pratiques mais, lors de la commission dite de récolement (où est réalisé l’ultime pointage des votes), chaque camp fermait les yeux sur les méthodes de l’adversaire. Au passage, il faut souhaiter que l’étroitesse de l’écart final fasse voler en éclat ce modus vivendi.

Les socialistes sont désormais face à une urgence : sortir de l’impasse dans laquelle ils se sont fourvoyés. Parlement du parti, le conseil national, où les partisans de Mme Royal sont minoritaires, doit avaliser les résultats et permettre à la nouvelle première secrétaire de composer une majorité. Sa réunion, prévue le 29 novembre, a été avancée au mercredi 26 novembre. Dans cette perspective, Mme Royal exige que l’on organise un nouveau vote, quitte à désigner des observateurs extérieurs. Mme Aubry, en revanche, s’y oppose.

Pourtant, il faudra bien trouver une issue qui ne sacrifie pas l’autorité dont aura besoin la numéro un potentielle du PS. Et faire en sorte que la solution trouvée ne soit pas considérée comme une capitulation, voire une humiliation, par l’ancienne candidate à la présidence de la République.

François Hollande va devoir œuvrer pour trouver un compromis entre deux rivales dont l’une n’a jamais été avare de critiques à son égard et dont l’autre se trouve être son ancienne compagne. Voilà qui promet au premier secrétaire sortant une toute-fin de mandat particulièrement délicate. A moins que l’homme des synthèses – on le lui a assez reproché – parvienne à les convaincre de former une alliance pour diriger le Parti socialiste. Pour le PS, ce serait un sursaut inattendu.

Jean-Michel Normand – Le Monde

20/11/2008 - 14:22h L’heure du choix pour les militants socialistes

Le Monde 

Les militants socialistes sont appelés, jeudi 20 novembre, à départager trois candidats au poste de premier secrétaire du PS – Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon -, dans un scrutin à fort suspense. C’est la première fois que trois postulants sont en lice depuis l’instauration du suffrage universel militant chez les socialistes, en 1995. Et l’incertitude est sans précédent, le congrès de Reims, qui a été celui de la désunion et des déchirements, ayant échoué à dégager une majorité autour d’un nom.Le vote se déroulera de 17 heures à 22 heures, les premier résultats ne devant pas être connus avant minuit ou une heure du matin vendredi. Ségolène Royal part d’une base de 29 %, score de sa motion au vote des militants le 6 novembre, Martine Aubry de 24,3 %, et Benoît Hamon de 18,52 %. Le report des voix de Bertrand Delanoë (25,24 %), qui s’est finalement rallié à Mme Aubry, et la participation, seront les deux inconnues majeures de ce vote qui se déroule avec, en toile de fond, la préparation d’une candidature socialiste pour l’Elysée, en 2012. Le premier secrétaire sortant, François Hollande, n’a pas pris position publiquement.

DERNIERS MEETINGS AVANT LE VOTE

Mercredi soir, les trois candidats ont tenu leur dernier meeting avant l’élection.

Ségolène Royal avait, pour sa part, rassemblé ses partisans à Paris. “Le moment est là, historique, et il faut comme le disait François Mitterrand, que nous ayions la force de rester nous-mêmes et aussi la force de changer. Voilà ce que je vous propose !”, a-t-elle lancé au gymnase Japy à Paris XIème, devant plus de 800 personnes -1 200 selon les organisateurs.”Oui ou non, voulons-nous écrire ensemble une nouvelle page de notre histoire vibrante et populaire. Le voulez-vous ?. Voulez-vous bâtir ensemble le socialisme du XXIè siècle. Le voulez-vous?. Voulez-vous que notre parti s’ouvre à toutes les diversités et devienne meilleur que la société qu’il prétend transformer?”, a affirmé l’ex-candidate à l’Elysée, reprenant comme un leitmotiv interrogatif “le voulez-vous?”.

“Nous voulons renaître avec un parti puissant, un parti fort et des socialistes fiers de l’être”, a lancé la présidente de la région Poitou-Charentes, entourée de toute son équipe, Vincent Peillon, Jean-Louis Bianco, Manuel Valls ou Julien Dray. Elle a demandé “un vote militant” pour “balayer les réticences et les refus” et “faire monter la certitude de la transformation”, évoquant cette “belle responsabilité de diriger”.Lançant un vibrant plaidoyer pour l’Education nationale et les enseignants que “la droite traite avec un tel mépris”, Mme Royal a jugé que “ce qui s’abat sur l’école est grave pour les élèves”. “Ils ont trouvé des milliards pour le système bancaire et ils saignent à blanc l’Education nationale”, a-t-elle fustigé.

L’ancienne ministre a trouvé des accents à la Zola, lançant : “J’accuse la droite au pouvoir de compromettre gravement l’avenir de l’Education nationale, j’accuse la droite au pouvoir d’en rabattre sur un investissement prioritaire, j’accuse la droite au pouvoir de paupériser l’Education nationale (…) , j’accuse la droite au pouvoir ne rien tenter contre l’échec scolaire”.”Le pays nous appelle depuis longtemps. Où êtes-vous les socialistes ? Eh bien nous sommes là ! Debout ! (…) Fiers de l’être et au service des Français. En avant ! “, a-t-elle conclu, soulevant une vive ovation.

Martine Aubry était, elle, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, mercredi soir, pour son dernier meeting avant l’élection. “Si nous gagnons nous gagnerons dans un large rassemblement” et “la première chose que je ferai, c’est tendre la main à Ségolène”, “pas un socialiste ne doit manquer pour se battre contre la politique de Nicolas Sarkozy”, a affirmé la maire de Lille, devant 250 militants et élus socialistes d’Ile-de-France et du Nord réunis au “Magic mirrors, salle de la Fraternité”, aux portes de Paris.

“Si demain les militants me choisissent, ce sera d’abord une équipe, l’équipe de tous les militants socialistes”, a-t-elle lancé. Elle s’est engagée en cas de victoire “à mettre en place des équipes renouvelées”, “capables de faire vivre des générations différentes, avec une totale mixité”. Elle a souhaité que son “premier chantier” soit celui “de la lutte contre toutes les discriminations”.

Mme Aubry a dit son “bonheur” d’être entourée de l’ancien premier ministre Laurent Fabius et de la députée de Seine-Saint-Denis, Elizabeth Guigou. Etaient également présents le président du Conseil général, Claude Bartolone, celui de la région IDF, Jean-Paul Huchon, et le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis.

Benoît Hamon s’est, lui, rendu dans sa ville natale, Brest, pour son dernier rendez-vous avec ses sympathisants avant l’éléction. “La dernière année, ça n’a jamais été aussi facile d’être de gauche et on n’a jamais été aussi nul”, a t-il lancé au siège de la fédération du Parti socialiste du Finistère où était rassemblée une centaine de personnes.

“Alors que la droite ne retient aucun de ses coups à l’égard des plus vulnérables, les socialistes se donnent plus de coups entre eux que de coups à la droite, cela me fait un peu mal”, a-t-il déclaré, avant de demander aux socialistes de “revenir à la maison” et aux “fondamentaux” de la gauche.

Pour illustrer son propos, il a ironisé sur les socialistes qui “sautent comme des cabris” devant certaines mesures du gouvernement comme le Revenu de solidarité active et a fustigé la stratégie d’alliance avec le centre qui mènerait selon lui le PS français à la même situation que son homologue italien qui n’est “ni de droite ni de gauche et se vide de ses valeurs”.

Défendant la “clarté de mes choix, de ma stratégie, de ma candidature” , il a également pourfendu les “logiques d’empêchement” dans lesquelles étaient enfermées selon lui ses deux concurrentes au poste de secrétaire. Se présentant comme “l’incarnation de l’ancrage à gauche et du renouvellement” du PS, il s’est toutefois défendu de vouloir un “renversement de générations”, mais s’est prononcé au contraire pour une “mixité générationnelle” au cas ou il serait élu premier secrétaire du PS.

22/09/2007 - 21:06h "L’impasse" : la défaite vue par Lionel Jospin

Lionel Jospin, le 21 avril 2002, après l'annonce des résultats du premier tour à la présidentielle. | AFP/JACK GUEZ

AFP/JACK GUEZ

Lionel Jospin, le 21 avril 2002, après l’annonce
des résultats du premier tour à la présidentielle.

Silencieux durant la campagne présidentielle, Lionel Jospin sort de sa réserve. Dans “L’impasse”, il livre un cinglant diagnostic de la défaite de mai 2007. En exclusivité, “Le Monde 2″ publie de larges extraits de cet essai à paraître le 24 septembre.

La crise électorale de 2002 résulte avant tout de l’écroulement de la construction politique de la gauche plurielle, faite à la fois de synthèses et d’alliances. Cette construction avait son sens et son efficacité. A partir du moment où ses composantes ne la défendaient plus et dénigraient son action, elle perdait sa force d’attraction auprès des Français et celui qui l’incarnait se trouvait affaibli pour aller plus loin.

Quant à la conduite de la campagne de 2002, je n’écarte évidemment pas ma propre responsabilité. Je l’ai d’ailleurs assumée. L’erreur la plus grave est sans doute d’avoir sous-estimé l’effet de la dispersion de la gauche au premier tour. Peut-être avais-je du mal à comprendre le cynisme, finalement suicidaire, de ministres de gauche qui, après avoir gouverné des années à mes côtés, se sont retournés contre moi au premier tour.

D’autre part, j’ai mal pris la mesure des effets de cinq ans de cohabitation. En politique étrangère, la France avait parlé d’une seule voix. En politique intérieure, le président s’était exonéré de toute responsabilité effective, tirant bénéfice des réussites de notre action et m’attaquant à la moindre difficulté. J’ai aussi surestimé le bénéfice du bilan de mon gouvernement. Bilan solide si on le compare à celui de la droite en 2007, mais forcément contrasté. En tout cas le désastre était là. (…)

Une nouvelle candidature de ma part n’aurait été concevable que si un consensus s’était opéré. Je devinais que Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn avaient peu de chances de s’imposer face à Ségolène Royal, très déterminée et propulsée d’emblée par les sondages et les médias, mais leur maintien dans la course excluait ma propre présence.

D’ailleurs, pour avoir la possibilité de l’emporter dans le vote des adhérents – dont le nombre avait été habilement grossi par une campagne d’adhésion au prix modique de 20 euros –, il aurait fallu mener une critique démystificatrice du personnage de Ségolène Royal et de sa conception de la politique. Une telle démarche n’aurait pas été sans risque dans le climat interne tendu de l’époque. Au bout du compte, le caractère académique des débats organisés entre les trois candidats déclarés n’a pas permis que la vérité de chacun apparaisse, ni que soient pensées les lignes de force d’une campagne victorieuse. (…)