11/11/2008 - 16:35h Le Goncourt 2008 vu par Ariane Chemin: Deux ou trois choses que je sais d’Atiq Rahimi

Par Ariane Chemin

Cinéaste et romancier, Atiq Rahimi, qui vient de remporter le prix Goncourt, a toujours une histoire, un conte ou une légende persane à raconter. Ariane Chemin, qui l’a rencontré à plusieurs reprises, en sait quelque chose

 

Un frère communiste assassiné

«Aucun pays n’a connu comme l’Afghanistan tous les régimes possibles et imaginables en l’espace de 40 ans». Atiq Rahimi est né en 1962 dans une famille aisée et occidentalisée – il fréquente le lycée français de Kaboul. D’abord gouverneur du Panshir, son père, monarchiste, devient juge d’instruction. Le coup d’Etat de 1973 le précipite derrière les barreaux pendant trois ans.  Après le coup d’Etat communiste, en 1978, le frère d’Atiq devient communiste. Il tente – en vain – de rallier son frère aux prosoviétiques, et de le convaincre, puisqu’il est amoureux du 7ème art, d’aller étudier le cinéma à Moscou. Malgré la bourse décrochée dans une école fondée par Eisenstein, Atiq dit non.

Le frère d’Atiq Rahimi est assassiné dans la vallée où sévissait Gulbuddin Hekmatyar, mais Atiq n’apprend sa mort qu’en 1990, un an après le drame, alors qu’il se trouve en France, où il a obtenu l’asile politique en 1984.

Aujourd’hui,  les parents d’Atiq Rahimi vivent aux Etats-Unis, avec l’une de ses sœurs. L’autre est restée à Kaboul. Et quand le prix Goncourt se rend un mois sur deux dans la capitale afghane, il séjourne à l’hôtel: «je suis un peu difficile à vivre».

Kaboul mon amour

Atiq Rahimi a une passion pour Marguerite Duras. Il l’a découverte à Kaboul, au centre franco-afghan. Il y voit «Hiroshima mon amour», le film d’Alain Resnais, un hiver, en pleine guerre afghano-soviétique. «Je suis venu au cinéma par ce film. Je ne comprenais rien, et pourtant j’étais bouleversé. Je me suis dis: Kaboul sera mon Hiroshima». Chez un libraire, il trouve la traduction en persan du roman de Duras: «il était mal relié, les pages s’envolaient, mais il est devenu un trésor».

 

 

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Quand il est arrivé en France avec sa femme et trouve refuge dans l’Eure, près de Rouen, il «plombe» son allocation de réfugié en achetant «l’Amant»: «soixante-dix francs de l’époque, je crois… J’ai toujours l’exemplaire, il n’y a plus de place dans la marge». En 2000, sa traductrice et amie Sabrina Noury envoie son premier livre, Terre et cendres, à plusieurs éditeurs. Atiq Rahimi n’arrive pas à croire que Paul Otchakovsky-Laurens accepte de le publier. «POL, c’était l’éditeur de Marguerite Duras!».

Jurons, dictionnaires et Grévisse

«Ce n’est que lorsque je suis rentré de nouveau en Afghanistan, en 2002, après 18 ans d’exil, que j’ai pu écrire en français. Avant, je m’en sentais incapable».Mais ce n’est qu’en 2008 qu’est paru son premier livre écrit directement dans sa langue d’adoption. Pour cela, Rahimi a travaillé un peu comme l’écrivain grec Vassilis Alexakis: avec un Robert en cinq tomes et le Grévisse. Et à Paul Otchakovsky qui découvre les jurons dans la bouche de son héroïne, il répond: «Mais je t’assure, les femmes afghanes, elles parlent comme ça!».

Un Coran et des tapis contre un tournage

En 2003, un an et demi après la chute des talibans, et trois ans après la publication de «Terre et Cendres», Atiq Rahimi choisit de tourner le film éponyme à l’endroit où se déroule l’histoire – une mine de charbon au nord de l’Afghanistan. Au départ, les habitants sont enchantés: «quand le décorateur s’est installé, ils ont cru que nous étions une ONG venue pour reconstruire le village…». Il faut expliquer. Voire mentir.

«Le jour où nous avons tourné la scène de l’incendie, le feu s’est approché trop près de la mosquée. Tout le monde était très en colère. J’ai dû expliquer au chef que nous racontions dans le film comment les soviétiques avaient bombardé leur village».

Pour se faire pardonner, l’équipe offre un Coran et des tapis.

 

Censure

 

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«Terre et cendres», le premier livre de Rahimi, publié en 2000 et écrit en persan, a été un succès en Iran. Le second, «les Mille maisons du rêve et de la terreur», n’est pas sorti dans ce pays. «Les services iraniens ont demandé que 40 pages des 160 pages du livre soient censurées. C’était non».

Religion

Atiq Rahimi résume son rapport à la religion dans cette jolie phrase:

«Je suis bouddhiste parce que je suis conscient de mes faiblesses; je suis chrétien parce que j’avoue ma faiblesse; je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse; je suis musulman parce que je combats ma faiblesse. Et je suis athée si Dieu est tout puissant».

Les contes de Bahudine Majrouh

«L’influence du soufisme sur l’écriture et le mode de vie d’Atiq, pour qui la poésie et sa puissance allégorique sont la seule façon d’appréhender le monde, est immense. Il est le fils spirituel du grand poète afghan Bahudine Majrouh», dit son ami Laurent Maréchaux, auteur  des «Sept vies» et de «Secrets de famille» (Le Dilettante). «Ca a été très particulier avec Madjrouh, raconte Rahimi. A 14-15 ans, j’achète un de ses livres, «le Dragon intérieur», par hasard dans une librairie de Kaboul. Je me souviens encore de cette couverture rose pale de mauvaise qualité on était dessiné un monstre enroulé sur lui-même». Comme pour «Hiroshima mon amour», mais bien que le livre soit écrit en perse, Atik ne «comprend rien», mais se sent «pris comme par une  forme de magnétisme»:

«Plus tard, j’ai lu Jung, Freud, “Ainsi parlait Zarathoustra”. Et j’ai compris. Majrouh, c’est comme un conte. Il fallait être initié pour le comprendre. Depuis, j’ai lu toutes les traductions de ses oeuvres en français».

The end

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Cinéphile averti, Rahimi a aimé récemment «tout Wong-Kar Wai, une telle sensualité», mais aussi «There will be blood», de Paul Thomas Anderson – «une mise en scène digne du meilleur Kubrick». Son mémoire de maîtrise de sémiologie du cinéma était intitulé: «Champ contre-champ dans la Nouvelle vague»; il a ensuite planché, à la Sorbonne nouvelle, sur «La fin dans les films». «J’ai toujours été frappé comment, dans la culture occidentale, la finitude, la finalité, la fin se rassemblent toujours, dit le conteur. Dans la philosophie orientale, en revanche, tout est dans la boucle, la répétition, l’infini…». Les livres de Rahimi s’ouvrent souvent sur beaucoup de possibles.

Quignard et Calaferte

 

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Il y a quelques semaines, Atiq Rahimi a découvert «la Mécanique des femmes», de Louis Calaferte. «Un lecteur m’avait demandé: tu t’es inspiré de lui? Je ne l’avais jamais lu!» Les goûts d’Atiq sont dictés par sa «culture persanophone» et son «attachement à la poésie française», dont il apprécie l’économie. Il aime Quignard, «à cause de son langage de conteur», et la «transparence de l’écriture d’Albert Camus»: «Bref, j’ai un faible pour le degré zéro de l’écriture».

Lieder de Schubert

« J’ai écrit “Syngue sabour” en écoutant tous les jours, avant d’attaquer sur l’ordi, “Le chant du cygne”, ce lieder de Schubert. Plus tard, j’ai découvert  le poème qui a inspiré Schubert. On y lit: “voilà un homme avec les yeux ouverts et cloués au plafond”»!

Star’ac afghane

 
Dossier spécial: Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

 

- Un entretien avec Ursula Lesiak: «Atiq Rahimi écrit par scènes et par plans»
- L’article paru dans l’Obs cette semaine: Un Afghan prix Goncourt?

Qui sait qu’Atiq Rahimi est le concepteur d’une Star’Academy afghane? Le cinéaste-écrivain est en effet directeur artistique auprès d’une chaîne de télévision privée, Télétolo (aube), fondée par une fratrie de la diaspora afghane installée aujourd’hui en Australie, et qui a créé à Kaboul la première radio FM (Arman, espoir), mêlant chansons, histoires drôles et … voix mixtes. Outre l’Afghan Star, il la conseille aussi pour «le Bazar du rire», une académie cathodique d’humoristes en herbe, lance il y a deux ans, et une Star’Ac du business.

Il y a un peu plus d’un an, Rahimi s’attelle à la «bible» d’un soap-opera: «Les secrets de cette maison». L’histoire: un afghan, parti au début de la guerre aux Etats-Unis, revient après trente ans dans une maison qui avait été gardée par des cousins. Ils entendent y rester: «Si on ne l’avait pas occupée, elle aurait été confisquée ou détruite!» La série n’a pas de tabous: difficultés des jeunes, la corruption, la drogue, l’amour… et fait un tabac – notamment chez les femmes et les adolescents. Du coup, Rahimi a créé un atelier d’écriture de scénario  qui produit 2 à 3 épisodes par semaine, et qu’il aide même lorsqu’il est à Paris, grâce à … Skype et YouTube. «Les secrets de cette maison» vient d’être primé au Séoul Drama Festival, en Corée. «S’il y a quelque chose à sauver en Afghanistan, dit Rahimi, c’est par  la culture et l’éducation».

A.C.

Tout le dossier spécial de BibliObs sur Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

Toute l’actualité littéraire

23/07/2008 - 18:49h A bomba e o biquíni

O artigo conta a história da criação do maiô de duas peças, o biquíni e sua relação com a explosão da primeira bomba atômica no arquipélago das ilhas Biquíni (Bikini em inglês).

Bikini: l’érotisme qui fait boum

Le XXème siècle est marqué par l’invention la plus suicidaire de l’homme: la bombe nucléaire. Mais il compte -malgré tout- un événement positif: la création du bikini.

Bikini1946

Tout commence le 1er juillet 1946: une bombe est lachée à neuf heures du matin sur l’atoll de Bikini, situé dans le sud du Pacifique. La bombe, baptisée Gilda, reproduit l’image d’une femme au corps parfait. Quand elle explose, un gigantesque champignon de 10 000 mètres de haut s’élève dans le ciel paradisiaque, réduisant un atoll en poussière radioactive. C’est le premier test atomique officiel depuis la fin de la seconde guerre mondiale, explique Patrick Alac, journaliste de mode. Quatre jours plus tard, le 5 juillet, un petit scandale apparemment anodin a lieu dans une piscine publique de Paris où avait lieu un concours de beauté…”

Bikinipinup

Un créateur de mode, Louis Réard, profite de l’occasion pour présenter sa collection de maillots de bain. Nombre de visiteurs avaient remarqué une femme extrêmement peu vêtue et cela déjà bien avant le résultat du concours. Lorsqu’elle est appelée à monter sur le podium des finalistes, un murmure s’élève alors parmi les spectateurs. Ni la beauté, ni la célébrité de cette femme ne sont la cause d’une telle exclamation, mais plutôt le maillot de bain spécial qu’elle porte.» Deux rectangles avares de tissu couvrent les seins, retenus par un fil. Le bas, découpé devant en un petit rectangle laisse les hanches nues. Sommet de l’impudeur et de l’obscénité, seule une mince ficelle sépare les fesses ! Le scandale va durer presque 20 ans.

Michele Bernardini, une danseuse nue du Casino de Paris, est la personne toute désignée pour servir ce coup médiatique: elle n’a aucun scrupule à revêtir le mini-maillot. Quant au concours de beauté de la piscine Molitor, c’est le lieu idéal. Reste à trouver le nom du maillot. En ce mois de juillet, les événements politiques font la Une. Un peu avant Réard, le grand couturier Jacques Heim présente un modèle de maillot très osé appelé Atome.

Une actrice de l’époque (Rita Hayworth) est surnommée «bombe atomique» à cause de la chaleur sexuelle dont elle irradie. L’esprit du temps associe l’image d’une arme meurtrière et celle d’une fille séduisante dans un déshabillé provocant, le mélange d’un symbole d’amour et de mort… Réard s’inspire évidemment de l’actualité, pour porter un grand coup.

Annakournikova

Le scandale du bikini est pourtant étouffé par la censure. Aucun magazine n’en parle. La presse fait un boycott. Le bikini n’est mentionné nulle part, ni le jour suivant, ni les semaines suivantes, ni les années suivantes: silence complet.

On ne parle, cet été 46, que du célèbre maillot Atome de Jacques Heim (maintenant totalement oublié). Sur les plage de la Côte d’Azur, des avions tirent une banderole «L’Atome, le plus petit maillot du monde». Réard conteste aussitôt cette publicité : «Le Bikini – encore plus petit que le plus petit maillot du monde» ! Mais en vain. Les gardiens des bonnes moeurs veillent au grain.

Pinup

C’est seulement en 1948 que le magazine Vogue parle du premier deux-pièces, et encore du bout des lèvres… D’autres magazines comme Fémina citent Heim et le trouvent un peu trop «indécent». Un journaliste de Elle critique: «Cet été, on ne se déshabille pas, on se dénombrilise !».

Censuré par les médias, mis aux oubliettes, Réard se porte pourtant très bien: il habille les plus grandes stars du monde. Ses maillots ne peuvent être achetés qu’au 47 rue de Clichy, dans une boutique prestigieuse qui porte son nom. Son bikini n’a pas besoin de publicité, ni de presse. En 1965, il persiste et signe donc dans l’extrême en créant un bikini encore plus petit que le précédent: le sexy-bikini, précurseur du tanga brésilien.

Dès son apparition sur les plages, en 1949, le bikini est interdit par la loi: en Espagne, Italie et France, c’est la chasse aux sorcières ! En 1951, sous un flot d’injures, le journal du Vatican Osservatore Romano annonce que les Chevaliers de l’Apocalypse apparaitront sans doute en bikini. Les communistes disent que le bikini, en tant que marque de la bourgeoisie, attise la lutte des classes. Les féministes l’accusent de transformer la femme en objet de désir. Dans les piscines allemandes, le bikini reste interdit jusqu’aux années 70. Et pourtant…

Des centaines de magazines se mettent à couvrir l’élection de «Miss Bikini». Un journaliste américain affirme: «Le bikini est un maillot de bain dans lequel chaque homme aimerait voir la femme de l’autre mais pas la sienne.» En 1964, le «styliste de la révolution sexuelle», Rudi Gernreich invente le monokini, un maillot sans le haut qui laisse la poitrine nue. C’est à peine s’il est vendu à 3000 exemplaires dans les années 80, mais il permet au bikini de devenir un maillot presque bienséant. Du coup, les designers de mode s’en emparent.

On invente le bikini en peau d’ours, en cheveux, en fleurs de plastique, en algue, en pelouse, orné de diamants ou taillé dans du métal… Plus excentriques encore apparaissent le bikini gonflable, l’insubmersible, le bikini robe de mariée, l’auto-adhésif (un patch rond collé sur les seins), le jetable, le bikini peint sur le corps et le bikini ventilateur fait d’hélices alimentées par l’énergie solaire. Certains bikinis ne peuvent pas aller dans l’eau. D’autres, créés par des physiciens de l’aérodynamique, sont trop lourds pour être portés. D’autres sont si précieux qu’il leur faut une escorte de police.

Nikkisanderson

Provocant et immoral, le bikini doit surtout son succès au cinéma. Des réalisateurs l’utilisent pour donner à leur film un parfum de scandale et… remplir les caisses. Dans Et Dieu Créa la femme, Brigitte Bardot fait un plongeon remarqué en bikini-vichy. L’été suivant, des milliers de spectatrices portent le même à la plage. Dans Lolita, la jolie Sue Lyon bronze dans le jardin en petite tenue. Des millions d’Américaines l’imitent. Peau lisse, muscles ambrés, cuisses galbées, des corps de celluloïd portent le bikini sur grand écran avec une fausse innocence ambigue: Marilyn Monroe, Ursula Andress, Jayne Mansfield, Raquel Welch, Bo Derek et d’innombrables James Bond Girl… Tout leur art: rester naturelles comme si elles étaient correctement vêtues, alors que seuls quelques centimètres carrés de tissus les protègent du regard…

Le bikini repousse la barrière collective de la pudeur en montrant qu’on peut rester maitresse de son corps tout en en livrant 90%, voire pire, à la lubricité des spectateurs. Le bikini se porte comme un uniforme. Il impose au corps des normes de maintien ultra-strictes: rentrez le ventre, tendez la poitrine! Pas si libérateur que ça (au fond), le bikini met fin au tabou de la nudité mais invente le tabou de la cellulite. Impossible d’en porter un sans avoir, au préalable, passé des heures en club de gymn et imposé une diète stricte à son estomac.

Avec le bikini, le corps devient un objet d’exposition. «Culte du corps, obsession de la beauté et de la mode ont remplacé les aspirations intellectuelles et spirituelles de l’individu, remarque Patrick Alac. Ce corps soigné que l’on maintient en forme et que l’on décore de bikinis aussi minuscules que des bijoux n’est plus considéré comme l’enveloppe terrestre d’une âme immortelle mais il est devenu un but en soi

Maintenant, le bikini ne choque plus personne. Il n’est plus synonyme de libération sexuelle mais d’aliénation au diktat corporel. Jésus portait-il un bikini sur la croix? On raconte qu’un bikini blanc porté par Pamela Anderson aurait provoqué une série d’accidents de la route suivi d’une vague de procès contre cette campagne publicitaire: les conducteurs, perturbés, déconcentrés, empruntaient la mauvaise voie ! D’autres freinaient brusquement pour mieux voir la top-modèle.

Le Bikini nous fait croire en un monde peuplé de mannequins idéales qui portent leur nudité en triomphe derrière un cache-fente et deux cache-tétons. Il transforme la plage en paradis de corps nus et heureux -un paradis artificiel, mais la magie est là: on l’aime ce bikini, malgré la bombe nucléaire, malgré l’auto-destruction. Le bikini cache et révèle à la fois. Un cocktail explosif.

Un livre d’art débordant d’images alléchantes et d’infos: La Grande histoire du bikini, de Patrick Alac, éd. Parkstone, 18 €.

06/06/2008 - 18:12h A artista que amou demais

Com esculturas, documentos pessoais e desenhos, mostra no Museu Rodin tira Camille Claudel da sombra a que foi confinada por desafiar cânones de sua época

Luiz Carlos Merten – O Estado de São Paulo

Você, se assistiu ao filme de Bruno Nuytten Camille Claudel, de 1989, deve se lembrar da cena em que a enlouquecida Isabelle Adjani destrói as obras em seu ateliê. A cena, fortíssima, deve ter contribuído para a indicação que Isabelle recebeu para o Oscar, mas seria preciso esperar até Marion Cotillard, a Piaf, neste ano, para que uma atriz, representando em francês, bisasse o prêmio da Academia de Hollywood que Simone Signoret havia recebido, falando em inglês, por Almas em Leilão, em 1959. Foi grande a comoção quando Camille Claudel irrompeu nas telas. Críticos irados viram no filme uma mistificação romântica, protofeminista, destinada a confirmar a tese absurda de que a irmã do escritor Paul Claudel, como escultora, teria sido uma artista maior do que o próprio Auguste Rodin, de quem foi amante obsessiva (e, por isso, enlouqueceu de amor, ao ser rejeitada).

Nos anos 50, uma grande exposição havia resgatado Camille Claudel (1864-1943) das sombras a que fora relegada. Outra mostra, que se realiza agora no Museu Rodin, em Paris, e vai até 20 de julho, é a prova de que a tese de Nuytten, ex-fotógrafo (e marido de Isabelle), não era furada como parecia. Frio e chuva, inesperados no verão parisiense, não impediram que extensas filas se formassem em frente do Museu Rodin no começo da semana passada. Não apenas turistas, mas os próprios franceses estão correndo para prestigiar Camille Claudel – Une Femme, Une Artiste, a maior exposição já realizada sobre a escultora. O evento compara-se, pela magnitude, à grande exposição sobre Gustave Courbet que, no começo do ano, resgatou outra glória um tanto subestimada da arte francesa (e que agora corre mundo, provocando reações de entusiasmo em toda parte).Além de suas grandes obras – e dos numerosos estudos em mármore e bronze, a título de preparativos -, a mostra de Camille Claudel reúne documentos pessoais e desenhos que ela fez ao longo de sua tumultuada carreira. Camille foi, sim, maior do que Rodin, o que em absoluto não diminui o escultor de O Pensador, mas recupera o lugar do qual ela havia sido alijada por desafiar os cânones não apenas da Academia. Os da sociedade machista do fim dos anos 1800, também

Obra de Camille Claudel “La Valse”, coleção particular, de 1895

 

 

Camille Claudel (1864-1943), em foto de 1877.
Artista inspira a mostra “Une Femme, Une Artiste”, no Museu Rodin.
Era irmã do poeta Paul Claudel e amante de Auguste Rodin, autor de “O Pensador”.

“Vertumne el Pomone”, de Camille Claudel, mármore de 1905.

 

 

Bronze e pedra para captar a alma

A grande exposição de Camille Claudel em Paris reafirma a força e a técnica superior da artista que foi tratada como louca

Luiz Carlos Merten


Camille Claudel, a mulher, a artista. A mostra no Museu Rodin divide-se em partes – Retratos de Família, O Ateliê de Rodin, La Valse e Clotho, Sakantala, L”Âge Mûr (A Idade Madura) e As Pequenas Coisas Novas. Em cada uma delas, há pelo menos uma obra-prima, e não apenas A Onda, La Vague, peça de pequeno tamanho – ao contrário de outras – que exibe três banhistas, esculpidas em bronze, prestes a serem engolidas por uma onda gigantesca que a artista criou em mármore e a unidade da peça vem justamente da disposição das figuras femininas e do movimento da onda que, em diferentes suportes, expressam o embate do humano com as forças da natureza. A Onda é quase sempre considerada a obra-prima de Camille Claudel, mas você fica em dúvida, face à riqueza descortinada pela exposição. Ela viveu com intensidade. E foi, com certeza, uma artista adiante de sua época. Num momento em que, às mulheres, era vetado o ingresso na Academia de Belas Artes, Camille começou produzindo retratos de família, que desenhava e modelava sozinha, até entrar, como estudante, no ateliê de Auguste Rodin, que já era o maior escultor da França. Ele foi o modelo de diversos desenhos e esculturas de Camille. Foi seu amante. Ela se tornou cada vez mais possessiva. A atração fatal (o desejo incontido de Camille, a repulsa de Rodin, a fratura psicológica da mulher e seu internamento num instituto psiquiátrico pelo próprio irmão e pela mãe, cansados de seus escândalos) fornecem a trama do longa realizado por Bruno Nuytten, mas o tema do filme é a genialidade (incompreendida) da artista.

link Confira galeria de fotos da mostra mais imagens

As fotos que acompanham a exposição dão conta dessa trajetória singular. Vê-se a jovem Camilla, que antecipa um pouco Isabelle Adjani; a artista mergulhada no trabalho, em seu ateliê; e a velhinha que teve apenas uma amiga, devotada e fiel, para assisti-la no longo período em que esteve internada. Camille melhor do que ninguém, numa tradição que remonta a Miguel Ângelo – tão fascinado por seu Moisés que, diante da escultura pronta, teria nela batido com o cinzel, ordenando que sua criação falasse -, conseguiu o prodígio de petrificar aquilo que seus admiradores hoje proclamam como ”os movimentos da alma”. Uma de suas peças mais admiráveis é Sakuntala, a primeira realmente narrativa e simbólica, na qual ela encara (e resolve) os problemas da composição, indo buscar inspiração no mito indiano da mulher que se perde de seu príncipe e eles só se reencontram no Nirvana. Sakuntala virou mito greco-romano e, depois, tornou-se paradigma da noção psicológica do abandono, no sentido amoroso do termo. Camille fez diferentes versões do tema. O Salmo reutiliza o rosto de Sakuntala, Vertumne et Promone introduz pequenas variações no conjunto e O Abandono vira outra de suas obras maiores, cinzeladas em bronze ou em mármore.

Também existem diferentes versões de La Valse, cujo movimento oblíquo é representativo do tipo de composição que ela gostava de criar. A peça foi elaborada em 1890 e apresentada no Salão de 1893. As diferentes versões reafirmam uma tendência da escultora – embora as diferenças sejam mínimas, a mudança de material, ou a ênfase num movimento, modificam a percepção das obras pelo observador. À vertigem do movimento segue-se a representação da dor e da morte na Idade Madura, que atinge o patetismo e, em algumas peças, metaforiza a relação com Rodin, que vira, ele próprio, a morte a arrebatar a donzela. O sommet, o ápice da exibição, pega carona na expressão de Kierkegaard, que em sua correspondência fala das ”pequenas coisas insignificantes, acidentais” que dão sentido à vida. Numa carta ao irmão, Paul, Camille também anuncia que quer experimentar ”les petites choses nouvelles”, as pequenas coisas novas. É a fase de La Vague ou Les Bagnistes, e de Profonde Pensée ou Rêve au Coeur du Feu, que vão além da representação para expressar atitudes metafísicas diante da vida.

É interessante comparar La Profonde Pensée com o Pensador, de Rodin, presente na coleção permanente do mesmo museu. O homem que viaja interiormente, com a cabeça apoiada pela mão em sua perna, vira esta mulher de joelhos, com as mãos em adoração. É a própria Camille, com certeza, imersa em pensamentos profundos, na dor que a consumia. O catálogo da exposição sustenta a tese de que ela não pôde realizar monumentos públicos nem obter, antes de 1906, quando já era tarde demais, a encomenda de um mármore ou de um bronze que permitiria a sua entrada no círculo dos artistas reconhecidos. Mas Camille teve os seus mecenas – os Rothschild e a Condessa de Maigret, para quem ela executou a versão em mármore de Sakuntala. A derradeira obra-prima, Niobide Blessée, é mais uma variação da figura feminina de Sakuntala, que tanto obcecava a escultora. Uma das pérolas da exposição não é nenhuma escultura, mas uma folha escrita pela própria Camille, quando jovem, na qual ela revela suas aspirações e preferências. Qual é a maior virtude do homem? Aprender com a mulher. Qual é a maior virtude da mulher? Ensinar o homem. Personagem masculino preferido? Ricardo III. Personagem feminina? Lady Macbeth. Se não fosse você, o que gostaria de ser? Um cavalo de fiacre. A indomável Camille Claudel queria ser domesticada.

Tão grande personagem encontrou em Isabelle Adjani a intérprete definitiva no cinema. Lançada por François Truffaut na pele de outra heroína obsessiva – Adele H, a filha de Victor Hugo -, Isabelle rapidamente se converteu em mito. Em 1987, com a carreira no auge, ela revelou que se chamava Yasmine, era filha de pai argelino e mãe alemã. A combinação incômoda para a maioria silenciosa francesa desencadeou uma reação imediata. Surgiram rumores de que Isabelle estaria morrendo de aids. Ela precisou ir à TV para provar que não. Como redatora-chefe de uma edição especial de Figaro Magazine, Isabelle, em seguida, entrevistou o então presidente Jacques Chirac, o que a tornou non grata para a esquerda bem pensante da França. Além de aidética, seria ”chiraquista”. Odiada à esquerda e à direita, Isabelle ameaçava ir para o limbo. Salvou-a Camille Claudel. Há quase 20 anos, não foi só com a personagem histórica que a França se reconciliou, mas com uma de suas maiores atrizes.

01/06/2008 - 19:58h Disparition d’Yves Saint Laurent: la haute couture en deuil

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AP | 02.06.2008 | 00:32

Yves Saint Laurent aimait les femmes. Le couturier français, disparu dimanche soir à son domicile parisien des suites d’une longue maladie, à l’âge de 71 ans, les a accompagnées plus de quarante années durant vers l’émancipation en leur proposant de nouveaux codes nouveaux codes vestimentaires, des transparents affriolants aux smokings équivoques et sages tailleurs de tweed.

Né le 1er août 1936 à Oran, ville qu’il décrivait comme “étincelante dans un patchwork de mille couleurs, sous le calme soleil d’Afrique du Nord”, Yves-Mathieu Saint Laurent s’est très tôt intéressé à la mode parisienne, reproduisant alors les modèles trouvés dans les magazines de mode de sa mère. En 1953, à tout juste 17 ans, c’est une annonce parue dans “Paris-Match” qui donnera le coup d’envoi d’une carrière flamboyante à laquelle il mettra un terme au faîte de sa gloire en 2002.

Suite à cette annonce, l’adolescent dessinera alors trois croquis pour le concours annuel du secrétariat de la laine. Un concours dont des membres du jury ont des noms qui l’impressionnent, Balmain et Christian Dior en tête.

Le jeune homme remportera le 3e prix dans la catégorie “robe”, qu’il ira chercher à Paris accompagné de sa mère. C’est aussi l’occasion d’une première rencontre avec Michel de Brunhoff, figure emblématique du magazine “Vogue”, qui insistera pour que cette jeune pousse au talent prometteur passe son baccalauréat, avant d’intégrer en octobre 1954 la prestigieuse école de la Chambre syndicale de la haute couture. La même année, il reçoit le premier et le troisième prix du même concours du secrétariat de la laine.

http://uneouverturesurlemonde.blogspirit.com/images/medium_yves_saint_laurent_1971_1_.jpgManifestement doué, le jeune Yves Saint Laurent s’ennuie ferme pendant les cours. Son père s’en inquiétera et fera pression sur Brunhoff pour qu’il reçoive son fils. Signe d’un destin tracé d’avance? Les nouveaux croquis de l’étudiant bouillonnant sont de la même veine que la collection “A” de 1955, que prépare justement Dior.

Tout va alors très vite, Yves Saint Laurent est embauché comme styliste chez Dior, sans même avoir terminé son apprentissage, qui aura duré… trois mois.

Le succès de la maison Dior fait d’Yves Saint Laurent un collaborateur de plus en plus précieux. Quelques jours avant son décès d’une crise cardiaque en 1975, le “maître” Dior confiait à la mère du jeune prodige: “Yves sera mon successeur”. En novembre 1957, Yves Saint Laurent, alors âgé de 21 ans, prend la tête de la création de l’illustre maison Dior.

“Dior m’avait appris à aimer autre chose que la mode et le stylisme: la noblesse fondamentale du métier de couturier”, dira-t-il bien des années plus tard.

Le 30 janvier 1958, lors de sa première collection pour Dior, il dévoile sa fameuse ligne Trapèze et fait sensation au point que plusieurs rédactrices de mode fondent en larmes, alors que la presse internationale crie au génie. La même année, Yves Saint Laurent rencontre Pierre Bergé, qui deviendra son alter ego, en amitié comme en affaires. En 1960, l’ombre de la guerre d’Algérie viendra assombrir ce tableau prometteur. Mobilisé, Yves Saint Laurent est hospitalisé pour grave dépression. Remplacé par Marc Bohan chez Dior, il s’ensuivra un procès que Saint Laurent gagnera contre son ancien employeur pour rupture abusive de contrat. Ce passage à vide aura comme effet, en association avec son mentor Pierre Bergé, de donner naissance à sa propre maison de couture, Yves Saint Laurent.

De sa première collection en janvier 1962, au lancement de son premier parfum “Y” en 1964, en passant par les collections Mondrian ou Poliakoff (1965), la griffe Saint Laurent démarre en triomphe. Sacré “Roi de Paris” par “Women Wear’s Daily”, la bible de la mode, le styliste brille aussi par sa modestie, affirmant en avoir “marre de faire des robes pour des milliardaires blasées”. S’ensuivront sur quarante années, une kyrielle de créations qui, toutes, deviendront des points de repères incontournables du vestiaire féminin. Il en est ainsi du smoking, du caban, de la chasuble, des cuissardes, du tailleur-pantalon, mais aussi de la première saharienne ou encore du premier jumpsuit, faisant du créateur, l’un des rares à tenir compte des exigences de la femme moderne.

Brisant les tabous, Yves Saint Laurent fut aussi le premier créateur de haute couture à créer une ligne de prêt-à-porter de luxe, baptisée “Rive Gauche”, qui ouvrira en 1966 sa première boutique avec Catherine Deneuve comme marraine.

Pour ses collections, s’inspirera autant de “l’attrait de l’exotisme” que de nombreux artistes peintres à qui il rend régulièrement hommage, comme Picasso, Matisse, Bernard Buffet, Braque ou Bonnard. Quarante années de mode, ponctuées d’instants magiques, comme ce défilé au Stade de France, où 300 mannequins ont défilé en ouverture de la Coupe du monde de football en 1998. Un pari osé, pour lequel il souhaitait réunir dans une même harmonie le “masculin-féminin”. La recherche d’un équilibre à laquelle il s’était attaché, autant qu’à la création pure, jusqu’à sa toute dernière collection présentée 12 juillet 2001. Six mois plus tard, il annoncera son départ du métier. Son discours d’adieu sera une ode à la femme contemporaine qu’il a en partie libérée. “Je me suis toujours élevé contre les fantasmes de certains qui satisfont leur ego à travers la mode”, souligna-t-il. “J’ai, au contraire voulu me mettre au service des femmes. C’est-à-dire les servir.” Tout était dit. AP

31/05/2008 - 20:41h Richard Kern aime les fleurs

Il était le maitre de l’underground new-yorkais. Il s’est reconverti dans le porno soft. Que reste-t-il de Richard Kern? Son oeuvre sort en DVD.

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Ex-toxico nihiliste, maintenant photographe mondialement connu, Richard Kern a fait du cinéma comme on fait un doigt d’honneur. Dans les années 80, certaines projections sont attaquées par des gens de droite et des féministes. A l’époque, il filme ses copains qui jouent aux tueurs schizophrènes avec des flingues convertis en sextoys, hurlent des insanités et se roulent dans des bains de sang avec une rage aphrodisiaque… Quel contraste. Voilà Richard Kern de retour avec des vidéos de nymphettes qui lèchent gentiment leurs seins. Le pire, c’est que ça a du charme.

Son œuvre commence dans l’illumination… «Un après-midi de 1971, j’ai raté mes cours pour aller faire de l’auto-stop sur l’interstate 95. Une vieille bagnole s’est arrêtée, pleine de New-Yorkaises glam, revenant de Floride. Elles m’ont parlé de rock-stars avec qui elles avaient baisé. Elles avaient des pantalons moulants en vinyle, des shorts lacérés et des chaussures à plate-forme qui contenaient à peine leur extrème vitalité. Elles avaient à peine 18-19 ans et moi je suis resté avec la machoire décrochée.»

Richard Kern décide d’aller à NY. Avec son père – éditeur d’un magazine de province – il photographiait déjà les courses de voiture et les fêtes locales. A partir de 1979, il photographie tout ce qui se passe entre ses deux premiers appartements de NY. Le premier est un 6 pièces au 529 E.13th Street entre les Avenues A et B. Dans son immeuble, il y a trois dealers de drogue, deux galeries et quelques artistes désargentés comme lui. Richard Kern s’achète une caméra super 8 pour 5 dollars et se met à filmer ses amis lors de «performances» maison.

Ses films sont projetés sur les murs pendant de grandes «acid parties» dégénérées, sur des musiques style Cop shoot cop ou Sonic Youth : ça crache. On y retrouve la pin-up du Hate Punk (Lung Leg), l’icône du No Wave (Lydia Lunch) et les acteurs d’un cinéma auto-proclamé de la transgression… Dans Submit to Me (1985), les voilà qui se mettent en scène dans des parodies violentes de suicide ou de SM. Dans Fingered, Lydia Lunch se fait prendre par derrière sur un capot de voiture, un revolver entre les mains, hurlante. Dans You killed me first (1985), une sauvageonne troue de balles ses parents avec un plaisir non-dissimulé. Dans Thrust in me (1984), un Nosferatu punk – Nick Zedd – s’essuie les fesses avec des images du Christ puis pratique une fellation post-mortem sur le cadavre de sa petite copine qui flotte dans la baignoire. Etc.

«Mes courts-métrages montraient des filles en train de se faire piercer ou couper, des combats, des meurtres, des viols etc…». Le plus célèbre – Fingered – est même décrit par John Waters comme “l’ultime film pour détraqués”. Mais Richard Kern en a marre d’être détraqué. En 1987, il déménage du Lower east side et de ses trafics d’héroïne. Il part à San Francisco et y erre pendant un an, en compagnie de jeunes criminels, entre cures de désintox et rechutes. En 1988, il revient vidé à New York, s’installe sur le Troisième rue, entre les avenues C et D et tente avec ses nouveaux films de refaire surface.The evil cameraman reflète bien ce hiatus : commencé en 1987, le film met Kern en scène dans des scènes à la violence palpable, où il dirige de jeunes femmes dans des scénarios hardcore. Puis le panneau «deux ans plus tard» apparaît, et voilà Kern en compagnie de rieuses lolitas qui se lutinent en toute liberté, sans tenir compte de sa présence. Kern se contente désormais de photographier des voisines de palier pour des «magazines de cul» comme il dit lui-même. Il tourne encore quelques courts-métrage de transition : X=Y (1990), Nazi (1991), Catholic (1991), Horoscope (1991), et The Bitches (1992) illustrent la métamorphose de son œuvre en glorification de “dirty debutantes” du porno. Il publie chez Taschen NY Girls, qui résume ses quinze ans d’existence «transgressive». Puis passe définitivement à la photo de charme dans Model Release. Faut-il s’en plaindre?

Le «méchant voyeur» s’est transformé en époux heureux et en papa comblé. Il fait des photos de nu pour gagner sa vie, avec des modèles à son image : très démagogiquement excitantes. Un doigt dans la bouche (ou un gode vert fluo), elles se caressent et font minette en regardant la caméra gentiment… C’est presque mièvre. Pour donner du rythme il y a quand même la musique – géniale – de Thurston Moore (Sonic Youth). Rien que pour cette musique, contrastant avec ces images de jeunes filles en fleur qui font les cochonnes, ça vaut le coup. Un régal qui nous console presque d’entendre Richard Kern rejeter toute sa période de créativité : “Ca correspond à une période très noire de ma vie, où je ne m’aimais pas. Maintenant, je suis passé à autre chose. A quoi bon gacher ma vie en restant dépressif et agressif ?».
L’oeuvre intégrale est éditée en 4 DVD par Le Chat qui fume.
Promo pack : 30,97 euros (Hardcore extended + Extra action)
Hardcore Extended (2 DVD) : 19,99 euros
Extra Action (1 DVD) : 14,99 euros

Source Blog de Libération, les 400 culs

20/05/2008 - 16:34h «Eros+Massacre» : sexistentialisme

Il y a des films qu’il faudrait voir en état second, dans une sorte de rêve : c’est le cas d’Eros+Massacre. Chef d’œuvre du cinéma japonais, ce film-kaléidoscopique est une sorte de féérique exercice de style sur le thème de la libération sexuelle.

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Eros+Massacre a été réalisé par Kiju Yoshida, un des plus grands réalisateurs de cette “nouvelle vague” japonaise qui —au départ— n’était qu’une sorte de concept-marketing lancé par les studios Shochiku… Il s’agissait à l’époque de promouvoir des jeunes réalisateurs, parmi lesquels Nagisa Oshima et Kiju Yoshida. Oshima devint célèbre avec son film l’Empire des sens. Kiju Yoshida fit la révolution avec Eros+Massacre. Pour tous les deux (ils étaient très proches), il s’agissait d’en finir avec ces mélos sirupeux de l’époque, montrant éternellement la femme comme une poupée fragile ou stupide, destinée à finir mémère au foyer… Kiju Yoshida décide de la montrer non plus comme un objet de désir, une icône de plus à rajouter sur une jolie affiche de cinéma, mais comme le miroir de nos propres désirs, de nos attentes, de nos espérances. Qu’attendons-nous de la vie ?

L’histoire pourrait se résumer ainsi : «Alors qu’elle fait l’amour avec un réalisateur de spots publicitaires, une étudiante de 20 ans, Eiko, prend conscience de son inévitable froideur. Peu de temps auparavant, elle a rencontré un séduisant pyromane, qui reste malheureusement sourd à ses avances. Afin de mieux comprendre qui elle est, Eiko s’intéresse alors à un anarchiste qui, en 1910-1920, fut le chantre et le premier adepte de l’amour libre.»

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En clair : Eiko a peur d’être frigide. Quand elle se laisse caresser, son long corps blanc reste de marbre… Mais qu’elle prenne une douche et tout de suite, en hallucination, des mains viennent se poser sur elle, une forêt de mains qui la touchent à travers la vitre transparente contre laquelle glisse l’eau… Il faudrait voir ce film comme on lirait Le salon des horreurs (The Atrocity exhibition) de Ballard : une succession de plans-séquences semblables à des constructions mentales niant toutes les règles spatio-temporelles. Dans Eros+Massacre, on oscille perpétuellement entre le rêve, le destin parallèle de deux autres amoureux, et les tentatives désespérées de Eiko pour éprouver enfin son premier orgasme. Elle se donne à des inconnus. Elle est poursuivi par un policier qui veut la faire arrêter pour prostitution. Elle poursuit un garçon qui préfère jouer avec des allumettes que faire l’amour… Elle dit «Je est un autre. Je n’existe pas». Et son corps, filmé à la façon d’un puzzle, s’inscrit dans des perspectives à la beauté plastique inouie.

Chaque image d’Eros+Massacre ressemble à un instantané. Kiju Yoshida filme chaque personnage à l’intérieur de cadres–miroirs, encadrement de porte, panneau coulissant, architectures saisissantes —qui symbolisent le labyrinthe intérieur et nous renvoient à nos propres limites. Prenant à partie le spectateur, Kiju Yoshida encourage même son actrice à REGARDER LA CAMERA. Ainsi, Eiko nous regarde. Parfois même c’est son reflet qui nous fixe d’un oeil détaché. Sommes-nous, comme elle, à la recherche du plaisir ? Sommes-nous, comme nos parents ont pu l’être (et les parents de nos parents, et ceux d’avant… etc), confronté toujours à des interdits ? Et que faire pour se libérer ?

16/05/2008 - 14:58h A longa marcha contra a discriminação

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Bacon – Duas figuras

Les Fifties et l’homosexualité

“ce fléau qu’est l’homosexualité, fléau contre lequel nous avons le devoir de protéger nos enfants”

Paul Mirguet, député, juillet 1960

(mais…)

01/05/2008 - 13:49h L’infidélité, obsession américaine, par Pascal Bruckner

http://www.theantiblogger.com/wp-content/photos/amanda_american_flag_girl.jpg

Pascal Bruckner – Le Monde

Quand le nouveau gouverneur démocrate de New York, David Patterson, un aveugle, succéda, il y a quelques semaines, à Eliot Spitzer, ex-incorruptible coupable d’avoir fréquenté des call-girls, que fit-il en premier ? Il convoqua les médias et avoua avoir trompé sa femme plusieurs fois avec des collègues de bureau.
Son épouse, à son tour, reconnut quelques incartades et jura que son mari et elle avaient surmonté ces épreuves. Stupeur du citoyen européen qui a encore en mémoire l’effarante affaire Lewinsky : au lieu d’afficher son programme politique, voilà un officiel qui fait repentance de peur que ses écarts ne soient un jour révélés en public. Bref, la première puissance mondiale, qui est en train de perdre la guerre en Irak et en Afghanistan, qui a réhabilité la torture et porté à sa tête deux fois de suite l’un des chefs d’Etat les plus incompétents de cette période, s’enflamme pour de misérables histoires de coucherie !
Que se passe-t-il pour que la presse entière, des journaux de caniveau jusqu’au très sérieux New York Times, s’empare de ce sujet privé et glose dessus à l’infini ? Souvenons-nous des déconvenues de l’ex-gouverneur démocrate Eliot Spitzer : pourfendeur de la corruption financière, champion de la lutte contre la prostitution, il fréquentait lui-même une ravissante brunette de 22 ans, Ashley Youmans, alias Kristen, dont il payait les services entre 1 000 et 5 000 dollars, en puisant, paraît-il, sur ses fonds de campagne électorale.
Là encore, rien que de très normal pour un vieil Européen rompu aux aléas de la nature humaine : tel le capitaine Haddock, présidant ivre mort une réunion contre l’alcoolisme, les pères la pudeur, aux Etats-Unis, ennemis du vice, du féminisme et de la liberté de moeurs, finissent invariablement entre les bras de prostituées, les narines bourrées de cocaïne, pris la main dans le sac. Tout moraliste finit par basculer un jour dans l’abîme qu’il dénonce : l’Eglise catholique elle-même, qui prône la chasteté et voue les homosexuels aux gémonies, ne couvre-t-elle pas de par le monde les agissements de milliers de prêtres pédophiles qui violent et abusent des enfants ?
Première leçon de la vieille Europe : se méfier a priori de tout discours vertueux. Eros se venge de ses censeurs et adresse un formidable pied de nez au puritanisme ambiant. Que penser encore de ces associations américaines de thérapie familiale, expliquant que “les réactions d’une épouse trahie ressemblent aux symptômes du stress post-traumatique des victimes d’événements traumatisants”, tels le 11 septembre 2001 ? Que dire de ces séminaires pour époux infidèles que l’on rééduque à la manière des dissidents de l’ex-empire soviétique ?
Pour un Européen, confondre un écart amoureux avec une catastrophe collective est une comparaison scandaleuse. On ne saurait que trop engager les Américains à prendre dans le Vieux Monde des leçons de civilisation : de ce côté-ci de l’Atlantique, comme en témoignent le cinéma, la littérature, le théâtre, tout le monde trompe et est trompé, et l’on survit très bien à l’inconstance de son conjoint. La vraie fidélité est autrement plus exigeante qu’une stricte abstinence physique, et si l’amour est fort, il surmontera ces épisodes.
Mieux encore : l’adultère, chez nous, est presque devenu un objet de vénération, la protestation de la créature opprimée contre la convention matrimoniale – de l’utopiste Charles Fourier, établissant, au début du XIXe siècle, une “Hiérarchie du cocuage” drolatique qui ridiculise tous les “cornus”, à Labiche, Feydeau, Guitry, qui font rire avec les malheurs des époux bafoués, les infractions au contrat de mariage constituent autant d’occasions de réjouissance.
Plus modernes encore, Sartre et Simone de Beauvoir n’avaient-ils pas distingué amours contingentes et amours nécessaires pour s’autoriser des aventures avec d’autres partenaires qu’ils s’échangeaient à l’occasion ? Sur le plan des moeurs, l’Europe est infiniment plus sage que le Nouveau Monde et sa hideuse obsession de la transparence. Même dans un mariage d’amour, la monogamie stricte est un idéal inhumain, et mieux vaut composer avec les faiblesses humaines que les contenir à tout prix, au prix de drames inutiles.
Bertrand Russell, en 1929, dans son essai sur Le Mariage et la Morale, préconisait une solution à la française : une grande tolérance vis-à-vis des passades adultères, pour l’homme comme pour la femme, pourvu qu’elles n’interférent en rien dans la vie du couple et ne gênent pas l’éducation des enfants. Bref, la quiétude conjugale s’accommode de petits arrangements entre conjoints qui sont la marque d’une société raffinée.
A y regarder de plus près, pourtant, l’épisode Spitzer-Kristen délivre d’autres enseignements. Que sanctionne-t-on chez l’ex-gouverneur de New York ? L’hypocrisie d’un homme qui jurait ses grands dieux de terrasser le trafic d’êtres humains et fréquentait The Emperor Club, réseau de prostituées de luxe dirigé par un proxénète notoire. C’est donc Tartuffe qui tombe, mais c’est la call-girl qui accède à une notoriété surprenante : la voilà soudain propulsée au sommet de la gloire, inondée d’offres de films, de photos de charme, de publicités pour produits de beauté, lingerie fine. Deux chansons qu’elle enregistre et vend sur un site musical lui rapportent 200 000 dollars en quelques jours.
Est-elle puritaine, la société qui punit le prêcheur et récompense la pécheresse, en fait une star instantanée, qui place le vice chez le représentant de l’ordre moral et la candeur chez une “pretty woman” du New Jersey ? On peut se demander si l’obsession de l’infidélité outre-Atlantique ne vient pas du caractère artificiel du contrat social américain, ce pacte inauguré en 1787 entre hommes de toutes conditions, races, origines, religions. Le mariage librement consenti et assorti du divorce possible est alors le miroir, le microcosme de ce serment fondateur de la nation.
Si l’on scrute les transgressions avec une telle minutie, c’est pour mieux vérifier la norme : se montrer déloyal dans l’amour conjugal, n’est-ce pas remettre en question cette alliance originelle qui soude tous les Américains ? Si la petite patrie qu’est la famille vacille sous les caprices des conjoints, qu’en sera-t-il de la grande, en cas de danger ? Là où l’Europe, composée de nations anciennes riches de leurs traditions, fait preuve d’une certaine désinvolture, les Etats-Unis manifestent rigidité et intransigeance : quand le plus fondamental de tous les liens, celui du couple, est mis à mal, c’est l’avenir même du pays qui peut basculer. Création récente, l’Amérique exorcise, à travers les infractions conjugales de ses responsables, sa propre fragilité. L’enjeu n’est que superficiellement moral : il est d’abord politique.
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Pascal Bruckner. Ecrivain

21/04/2008 - 18:38h França: “Déclaration de principes” du PS: enfin du nouveau?

Jean Jaures falando em Prè Saint-Gervais
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C’est la feuille de route du Parti socialiste. Débattue pendant de longs mois au sein de la commission présidée par Alain Bergounioux, elle sera soumise au vote de la convention nationale le 14 juin prochain; avant d’être entérinée au congrès de novembre. Au menu: fini les références révolutionnaires, vive “l’économie de marché régulée” d’un “parti réformiste” qui défend le “socialisme démocratique”.

En un siècle, cinq déclarations de principes pour marquer les grandes évolutions

En un siècle, les socialistes ont élaboré à cinq reprises (1905, 1946, 1969, 1990 et 2008) une “déclaration de principes”, sorte de vade-mecum idéologique qui trace les grandes perspectives pour les années à venir. S’il est vrai que la politique est une histoire d’hommes et d’idées, alors celles du PS se trouvent ici. Mieux: si l’on considère l’adage d’Antonio Gramsci toujours vrai -la victoire idéologique précède la victoire politique-, ce texte est censé être la première pierre d’une rénovation attendue par beaucoup.

Outre le préambule, il se découpe en trois parties: nos finalités fondamentales, nos objectifs pour le XXIe siècle, notre parti socialiste, elles-mêmes divisées en 21 articles.


Fin de la référence révolutionnaire

Alors que le PS a toujours inscrit dans ses références la “révolution”, il abandonne ici la notion, en dehors d’une allusion, dans le préambule, aux principes fondateurs de la Révolution française. Même s’il s’agit de “bâtir un monde nouveau et meilleur”, l’héritage du PS est désormais strictement balisée par le cheminement suivant:

“Il revendique le souvenir de la Commune, l’héritage de la République et de son œuvre démocratique, des grandes conquêtes sociales du Front populaire, de la Libération, de mai 1981 et des gouvernements de gauche qui se sont succédé.”

Bref, une histoire de gauche complètement intégrée à celle des cinq républiques françaises. A cet égard, la première partie du document est très nettement articulée autour des valeurs consensuelles de la République, revisitées dans une hiérarchie “progressiste” rappelée au début de l’article 2:

“L’égalité est au cœur de notre idéal. Cette quête n’a de sens que par et pour les libertés. Egalité et liberté sont indissociables. Aux injustices et aux violences du monde, l’idée socialiste oppose un engagement pour une humanité libre, juste, solidaire et respectueuse de la nature.”

La fraternité disparaît donc au profit d’une humanité universelle.


Le socialisme démocratique, c’est quoi?

Pour reconstruire une histoire idéologique du PS, sa narration, les penseurs socialistes ont renouvelé le genre en détournant des concepts anciens. Au centre de ce lifting, la notion de “socialisme démocratique” revue et corrigée. Là encore, l’idée est détaillée dans le préambule:

“Le socialisme démocratique veut être une explication du monde, une pédagogie de l’action, un avenir pour l’humanité. Sa nature est ‘d’aller à l’idéal et de comprendre le réel’, d’inventer le futur et de travailler dans le présent, d’assumer les tensions et les contradictions qui en résultent et font la vie humaine.”

En somme, le “socialisme démocratique” serait le “story telling” du PS, son récit en cours de tournage. Avec un contenu, immédiatement fourni dans le premier article du texte, qui mérite à lui seul d’être intégralement cité:

“Etre socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est. L’idée socialiste relève, à la fois, d’une révolte contre les injustices et de l’espérance pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète.”

Personne et planète: binôme indispensable de toute plate-forme de pensées contemporaines.


L’écologie au cœur de la démarche d’émancipation de l’Homme

Est-ce là l’aspect le plus novateur de cette déclaration d’intentions? En tout cas, les rédacteurs n’ont pas lésiné sur les références appuyées au “deep thinking” du monde: sans respect de la nature, l’homme n’est plus rien.Préambule:

“Bâtir un monde nouveau et meilleur, obéissant à la dignité de l’homme et assurant la sauvegarde de la planète, est la tâche première des socialistes…”

Article 3:

“Le développement durable doit permettre de répondre aux besoins du présent, sans compromettre l’avenir des générations nouvelles.”

Article 4:

“Ils veulent mettre les avancées scientifiques et technologiques au service des hommes et de la planète.”

Article 6:

“Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux.”

Article 7:

“Les socialistes défendent un modèle de développement durable qui conjugue la croissance, l’innovation technologique, l’impératif écologique, la création d’emplois, la protection sociale. Les socialistes se préoccupent non seulement de la quantité des richesses produites et de leur distribution, mais aussi de la manière de les produire et du contenu de la production.”

Alors, fini le productivisme? La foi dans le progrès et la technologie? Pas tout à fait, si l’on lit attentivement cette dernière phrase de l’article 7 où “manière” et “contenu” de la production voisinent avec “quantité des richesses produites”. Mais le PS se met à la page (article 4) avec les “nano- et biotechnologies”, “l’ingéniérie génétique”, le “principe de précaution”… Une alliance avec les Verts serait-elle dans les cartons?


Vers une social-démocratie à la française?

Du “parti révolutionnaire” (historique) au “parti de la transformation sociale” (1990), voici le Parti socialiste devenu en 2008 un “parti réformiste”, comme l’indique l’article 13:

“Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il porte un projet de transformation sociale radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas, qu’elle résulte d’une volonté collective forte assumée dans le temps, prenant en compte l’idéal, les réalités et l’histoire.”

Ou encore le dépassement de la contradiction initiale du capitalisme, article 7:

“Les socialistes refusent une société duale où certains tireraient leurs revenus de l’emploi et d’autres seraient enfermés dans l’assistance.”

Le courant strauss-kahnien semble donc avoir définitivement imprimé sa marque dans la définition du rapport à l’économie, avec le tracé d’une social-démocratie à la française. Même si les compromis accordés aux Fabiusiens truffent le texte:

Article 6:

“Les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d’inégalités, porteur d’irrationalité, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier.”

Ou encore, Article 8:

“Une tâche tout aussi importante est de réactualiser ce qui est l’apport propre du socialisme démocratique dans le siècle dernier, l’Etat social, qui permet aux réponses collectives de satisfaire les besoins individuels dans leur diversité.”

Réformiste donc, mais aussi et dans l’ordre parti “républicain”, “laïque”, “décentralisateur”, “européen”, “internationaliste”, “populaire”, “démocratique” et enfin, “des cultures de la gauche”. Ultime concession faite aux différents courants de la rue de Solférino?


Qui incarnera le mieux les valeurs déclinées: Ségolène, François, Bertrand…?

Au petit jeu des devinettes qui vont agiter les militants socialistes dans les prochains mois, il est intéressant de relever les différentes valeurs décrites dans la déclaration, comme si ses rédacteurs avaient voulu dessiner le pourtour d’un discours que le prochain premier secrétaire devra incarner. Au menu, d’abord la paix dans le monde, article 9:

“Lutter pour la paix, la sécurité collective et le codéveloppement correspond à la vocation internationaliste des socialistes. C’est notre horizon pour le siècle qui commence.”

La France, “pays ouvert”, luttant en faveur des “droits de l’homme” et contre “toutes les discriminations”. “Pluralisme et indépendance de l’information dans les médias”, laïcité comme “une condition de notre vivre ensemble” et défense des “grands principes de la Justice”, le PS “met la culture au centre de ses valeurs”. Proposition audacieuse… qui se rapproche beaucoup du programme présidentiel du PS auquel la candidate ne croyait pas tant que ça.

Dernier point: le fair-play auquel chaque prétendant devra s’astreindre, article 20:

“Le Parti socialiste est un parti démocratique. Il fait de la parité entre les hommes et les femmes un principe. Il respecte chacun de ses adhérents. Il organise un débat politique transparent et ouvert. Il veille à la diversification des responsabilités partisanes et électives à tous les niveaux.”

Vraiment à tous les niveaux?…

21/03/2008 - 02:18h Nuit 68 : «Enragez-vous»

par Agnès Giard

«2008. Esprit de contestation, es-tu là ?» Vendredi 21 mars, au Lieu Unique, à Nantes, entrez librement dans un centre d’art reconverti en usine à penser : conférences, projections de films, lectures, discussions, musique… Et beaucoup de cul —il en faut—, pour redonner aux gens le goût du plaisir.

Nuit68

Le plaisir librement pris, le plaisir sans entraves, sans tabous, sans honte, n’est-il pas plus que jamais d’actualité ? «68 ne fait que commencer», affirme François Cusset. Enseignant de l’histoire intellectuelle à Sciences Po, auteur de Queer Critics et French Theory, il n’a pas la dent tendre avec les soixante-huitards : «On a l’impression d’avoir trop entendu parler de mai 68, une overdose soixante-huitarde, que ça soit pour ou contre. C’est que ce sont toujours les mêmes qui s’en font les représentants, qui nous en éloignent comme d’une préhistoire et nous repassent toujours les mêmes clichés évitant de penser. Alors que tout ce qui fait la singularité de mai 68 est toujours d’actualité.»
A 19h, au Lieu Unique, François Cusset inaugure les débats avec un coup de gueule bien mordant. Non, Mai 68, ça n’était pas qu’un feu de paille. Oui, le combat continue. Vous voulez être heureux ? Alors, au boulot.

Organisée par Virginie Pringuet, la Nuit 68 est une invitation à faire la fête mais, surtout à retrousser les manches. Bien que nous vivions dans un des pays les plus libres au monde, il y a encore tellement de choses à changer. Certains vieux slogans conservent toute leur charge explosive : “Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette”, “Faites l’amour et recommencez”, “Enragez-vous”, “Je décrète l’état de bonheur permanent”, “Inventez de nouvelles perversions sexuelles”, “Consommez plus, vous vivrez moins”, “Sous les pavés, la plage”, “Il est interdit d’interdire”, “Je prends mes désirs pour la réalité car je crois en la réalité de mes désirs”, “Jouissez sans entraves, baisez sans carotte”, “La liberté d’autrui étend la mienne à l’infini”, “Faites l’amour, pas la guerre”, “Dieu, c’est moi”, “Aimez-vous les uns les autres”, “Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour”, “La vie est ailleurs”, “L’imagination au pouvoir” et mon préféré : “Zelda, je t’aime ! À bas le travail !”.

Naïfs, foutraques, enthousiastes, frénétiques oui et alors. Ces slogans ont au moins le mérite de proposer une alternative. Et c’est que la Nuit 68 propose aussi, avec notamment une programmation de films consacrée au “cinéma insurrectionnel” bourrée de pépites historiques : le SCUM manifesto, par exemple (de Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig, 1976), incroyable mise en scène du livre de Valerie Solanas. Née en 1936, violée par son père, abandonnée à 15 ans par des parents qui avaient divorcé, survivant grâce à la mendicité et la prostitution, Valérie Solanas est considérée comme une des leaders les plus radicales du mouvement féministe aux USA. Et pour cause. En 1968, elle publie un tract à la violence défoulatoire, qui prône l’éradication des hommes. Il s’intitule S.C.U.M. (racaille) et certains l’on traduit : “Société pour Castrer les Mâles” (Society for Cutting Up Men). Valerie Solanas y écrit : “Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin.»

Son texte est drôle, fou-furieux, plein d’une rage libératrice, mais dans la vie, hélas, Valerie Solanas accumule les bêtises. Toxicomane et meurtrière, elle finira par mourir prématurément dans un hôpital public de San Francisco. Qu’importe. Son manifeste a le mérite d’agiter violemment l’opinion. En 68, la révolution sexuelle est en marche. En 2008, qui la fera aboutir ? Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff, qui sélectionnent les films les plus agit-pro-cul de Nuit 68 ont bien l’intention de reprendre le flambeau. “Nous ne commémorons pas 68, nous n’avons pas connu 68. Nous n’avons que la nostalgie du futur. Happening et art total, militantisme insurrectionnel et front homosexuel révolutionnaire, black power et féminisme radical composeront un journal contre-culturel cinématographique «des années 68», qui entraînèrent dans leur sillage un profond bouleversement des rapports entre art et politique, à la force inaliénable, contradictoire, et toujours vivante.”
 Toujours vivant, l’esprit de la révolte ? C’est ce qu’on va voir au Lieu Unique.

Nuit 68 : vendredi 21 mars, de 18 heures à 5 heures du matin.

«Dans son discours du 29 avril 2007, Nicolas Sarkozy fustige l’héritage du mail 68. La pensée anti-68 n’est pas nouvelle, elle s’est déjà exprimée dans les années 80, notamment dans le livre écrit par Alain Renaut et Luc Ferry, “La Pensée 68”. 40 ans après, faudrait-il envoyer aux oubliettes tous les changements profonds qui se sont opérés dans notre société, illustrés par les fameux événements ? L’héritage serait-il à ce point négatif ? Et qu’en pensent aujourd’hui les enfants de 68 ? La forme de naïveté, l’élan, la joie qui ont permis la révolte, existent-ils aujourd’hui ? Nuit 68 n’est pas une commémoration ni un rassemblement nostalgique de soixante-huitards, plutôt quelques aperçus de l’esprit de contestation dans notre société d’un point de vue artistique, social, médiatique… Au cours de cette nuit particulière, il y aura des conférences, discussions, lectures, projections… Avant que la soirée ne se cloture en musique !»

Le lieu unique : 2 rue de la biscuiterie, 44013 Nantes.

30/12/2007 - 00:55h Royal et Clinton, jumelles en politique?

La socialiste française et la démocrate américaine ont des parcours étonnamment proches, mais des méthodes différentes.

Ségolène Royal et Hillary Clinton (Daniel Joubert, John Gress/Reuters).

Une femme en tête des primaires de son parti, une candidate qui provoque des réactions épidermiques, admirée ou haïe… “Ca nous rappelle quelqu’un”, nous ont déjà écrit certains d’entre vous à propos des chances d’Hillary Clinton de se faire élire à la maison Blanche.

“Ségolène” et “Hillary”, deux femmes devenues des prénoms en politique ont certainement des points communs. Toutes deux sont très polarisantes, Madame Clinton au delà de tout ce que l’on peut imaginer. Selon des chiffres de l’institut de sondage Zogby, 50% des Américains affirment qu’ils ne voteraient “jamais” pour Hillary Clinton. Un autre sondage USA Today lui donne 51% d’opinions favorable et 48% de défavorables: autrement dit, tout le monde ou presque a un avis sur elle.

Hillary Clinton comme Ségolène Royal ont provoqué des interrogations sur le fonctionnement de leur couple (encore que, notait Salon en novembre 2006 “contrairement à la version américaine, dans ce couple, c’est la femme qui a le charisme”). Toutes deux ont été traitées d’ambitieuses (comme si les hommes candidats se présentaient aux élections par abnégation).

(mais…)

25/11/2007 - 17:00h L’aigle noir, de Barbara, pour toutes les femmes humiliées

Un beau jour, ou peut-être une nuit,
Près d’un lac je m’étais endormie,
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir,

Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer,
Près de moi, dans un bruissement d’ailes,
Comme tombé du ciel,
L’oiseau vint se poser,

Il avait les yeux couleur rubis,
Et des plumes couleur de la nuit,
A son front brillant de mille feux,
L’oiseau roi couronné,
Portait un diamant bleu,

De son bec il a touché ma joue,
Dans ma main il a glissé son cou,
C’est alors que je l’ai reconnu,
Surgissant du passé,
Il m’était revenu,

Dis l’oiseau, ô dis, emmène-moi,
Retournons au pays d’autrefois,
Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Pour cueillir en tremblant,
Des étoiles, des étoiles,

Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Etre faiseur de pluie,
Et faire des merveilles,

L’aigle noir dans un bruissement d’ailes,
Prit son vol pour regagner le ciel,

Quatre plumes couleur de la nuit
Une larme ou peut-être un rubis
J’avais froid, il ne me restait rien
L’oiseau m’avait laissée
Seule avec mon chagrin

Un beau jour, ou peut-être une nuit,
Près d’un lac, je m’étais endormie,
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir,

Un beau jour, une nuit,
Près d’un lac, endormie,
Quand soudain,
Il venait de nulle part,
Il surgit, l’aigle noir…

10/11/2007 - 10:20h Le sexe faible, jusqu’à quand?, par Annie Kahn


Même en Suède, les femmes gagnent près de 40 % de moins que les hommes pour des fonctions équivalentes. Ce pays est pourtant le moins sexiste du monde, selon un classement sur l’inégalité entre les sexes publié jeudi 8 novembre, par le World Economic Forum, organisateur du forum de Davos (Suisse).

Ce palmarès prend en compte 14 critères concernant le travail (salaire ou poste occupé dans l’entreprise), l’éducation, la santé et la politique. Quatre pays nordiques se placent en tête : après la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande occupent les premières places du classement. Le Yémen ferme la marche de ce palmarès, qui analyse la situation dans 128 pays.

Un seul pays du sud de l’Europe figure parmi les 20 premiers. Il s’agit de l’Espagne, qui obtient un très bon score général (10e) grâce à la représentation des femmes dans la vie politique : plus du tiers des parlementaires sont des femmes, et la moitié des ministres. En revanche l’Italie est reléguée au 84e rang.

La France, 51e, est “en progrès considérable”, écrivent les auteurs du rapport, à l’instar de maîtres soucieux de ne pas trop démoraliser un élève en difficulté. Il est vrai qu’en 2006 la France figurait au 70e rang. Le bond est donc spectaculaire, même s’il est essentiellement dû à la disponibilité de nouvelles données concernant l’accession des femmes à des emplois qualifiés.

L’implication des femmes françaises dans la vie politique plombe la moyenne générale du pays. Mesurée par le nombre de femmes élues ou au gouvernement, elle est jugée déplorable, avec une note de l’ordre de 1 sur 10.

Les scores de la France dans le domaine de l’éducation (10 sur 10 et donc 1re ex aequo) et dans celui de la santé (1re ex aequo aussi) ne suffisent pas à éviter un classement globalement médiocre.

Comme dans de nombreux autres pays, les femmes sont, en France, plus nombreuses que les hommes à suivre des études supérieures. Ce qui n’empêche pas un écart de salaires du même ordre de grandeur qu’en Suède. Le constat est le même aux Etats-Unis (31es du classement), au Royaume-Uni (11e), ou en Allemagne (7e).

D’autres enquêtes récentes montrent que l’écart subsiste chez les plus jeunes. En France, les diplômées d’une grande école en 2006 gagnent environ 10 % de moins que leurs homologues masculins, dès la sortie de l’école, selon l’étude de la Conférence des grandes écoles. Aux Etats-Unis, Andrew Beveridge, professeur américain de sociologie, aboutit à la même conclusion pour les jeunes Américaines ayant entre 20 et 30 ans.

Pourtant, les femmes américaines créent plus d’entreprises, et celles qu’elles dirigent croissent en moyenne plus vite que les autres.

Annie Kahn

31/07/2007 - 15:50h Des femmes victimes de viols et d’esclavagisme au Congo

Victimes d’une “oppression généralisée” en République démocratique du Congo (RDC), des milliers de femmes congolaises subissent, selon Yakin Ertürk, une experte de l’ONU, des atrocités sexuelles, pour lesquelles leurs tortionnaires “bénéficient de l’impunité”. Elles sont “victimes une deuxième fois quand elles sont rejetées par leur propre communauté, famille ou mari, à cause de la stigmatisation attachée au viol”.

 

De retour d’une mission en RDC du 16 au 27 juillet, Mme Ertürk, rapporteuse spéciale du Conseil des droits de l’homme chargée de la violence à l’égard des femmes, dresse un tableau alarmant de la situation dans le Sud-Kivu (est) – la “pire crise” qu’elle ait rencontrée. Depuis janvier, 4 500 cas de violence sexuelle ont été recensés, mais “le nombre réel de cas est sans aucun doute beaucoup plus élevé“, affirme-t-elle dans une déclaration, car beaucoup de victimes “ont peur de porter plainte ou n’ont pas survécu à la violence”.

Selon l’experte turque, docteur en sociologie, les principaux coupables sont “des groupes armés étrangers non étatiques” dont certains “semblent avoir été impliqués dans le génocide rwandais”. Ils opèrent dans la jungle, “pillent, violent, emmènent les femmes et les filles comme esclaves sexuelles et les soumettent au travail forcé”.

“Les femmes sont soumises à des viols collectifs brutaux, souvent devant leur propre famille ou leur communauté tout entière, affirme Mme Ertürk. Dans de nombreux cas, les hommes de la famille sont contraints, sous la menace d’une arme, de violer leur propre fille, leur mère ou leur soeur. Après le viol, il est fréquent que les bourreaux tirent au fusil dans l’appareil génital de la femme ou qu’ils la poignardent dans cette partie de son corps. Plusieurs femmes, qui ont survécu à des mois d’esclavage, m’ont raconté que leurs tortionnaires les avaient forcées à manger les excréments ou la chair des membres de leur famille assassinés”, poursuit-elle.

A l’hôpital de Panzi, à Bukavu, près de la frontière rwandaise, où 3 500 femmes sont soignées chaque année pour des blessures génitales graves, Yakin Ertürk s’est entretenue avec une fillette de 10 ans, enlevée à ses parents, qui a subi une opération d’urgence après que ses “tortionnaires eurent brutalement enfoncé un bâton dans ses organes génitaux”.

Des militaires et des policiers congolais, “protégés” par leurs supérieurs, seraient, selon l’experte, responsables de 20 % des actes de violence sexuelle au Sud-Kivu ou en Ituri (nord-est). Certains “pillent, violent massivement et dans certains cas tuent des civils” dans les communautés soupçonnées d’appuyer des milices rebelles. Des actes qui, estime Mme Ertürk, “constituent des crimes de guerre et, dans certains cas, des crimes contre l’humanité”.

 

Philippe Bolopion pour Le Monde