11/11/2008 - 16:35h Le Goncourt 2008 vu par Ariane Chemin: Deux ou trois choses que je sais d’Atiq Rahimi
Cinéaste et romancier, Atiq Rahimi, qui vient de remporter le prix Goncourt, a toujours une histoire, un conte ou une légende persane à raconter. Ariane Chemin, qui l’a rencontré à plusieurs reprises, en sait quelque chose
Un frère communiste assassiné
«Aucun pays n’a connu comme l’Afghanistan tous les régimes possibles et imaginables en l’espace de 40 ans». Atiq Rahimi est né en 1962 dans une famille aisée et occidentalisée – il fréquente le lycée français de Kaboul. D’abord gouverneur du Panshir, son père, monarchiste, devient juge d’instruction. Le coup d’Etat de 1973 le précipite derrière les barreaux pendant trois ans. Après le coup d’Etat communiste, en 1978, le frère d’Atiq devient communiste. Il tente – en vain – de rallier son frère aux prosoviétiques, et de le convaincre, puisqu’il est amoureux du 7ème art, d’aller étudier le cinéma à Moscou. Malgré la bourse décrochée dans une école fondée par Eisenstein, Atiq dit non.
Le frère d’Atiq Rahimi est assassiné dans la vallée où sévissait Gulbuddin Hekmatyar, mais Atiq n’apprend sa mort qu’en 1990, un an après le drame, alors qu’il se trouve en France, où il a obtenu l’asile politique en 1984.
Aujourd’hui, les parents d’Atiq Rahimi vivent aux Etats-Unis, avec l’une de ses sœurs. L’autre est restée à Kaboul. Et quand le prix Goncourt se rend un mois sur deux dans la capitale afghane, il séjourne à l’hôtel: «je suis un peu difficile à vivre».
Kaboul mon amour
Atiq Rahimi a une passion pour Marguerite Duras. Il l’a découverte à Kaboul, au centre franco-afghan. Il y voit «Hiroshima mon amour», le film d’Alain Resnais, un hiver, en pleine guerre afghano-soviétique. «Je suis venu au cinéma par ce film. Je ne comprenais rien, et pourtant j’étais bouleversé. Je me suis dis: Kaboul sera mon Hiroshima». Chez un libraire, il trouve la traduction en persan du roman de Duras: «il était mal relié, les pages s’envolaient, mais il est devenu un trésor».
Quand il est arrivé en France avec sa femme et trouve refuge dans l’Eure, près de Rouen, il «plombe» son allocation de réfugié en achetant «l’Amant»: «soixante-dix francs de l’époque, je crois… J’ai toujours l’exemplaire, il n’y a plus de place dans la marge». En 2000, sa traductrice et amie Sabrina Noury envoie son premier livre, Terre et cendres, à plusieurs éditeurs. Atiq Rahimi n’arrive pas à croire que Paul Otchakovsky-Laurens accepte de le publier. «POL, c’était l’éditeur de Marguerite Duras!».
Jurons, dictionnaires et Grévisse
Un Coran et des tapis contre un tournage
En 2003, un an et demi après la chute des talibans, et trois ans après la publication de «Terre et Cendres», Atiq Rahimi choisit de tourner le film éponyme à l’endroit où se déroule l’histoire – une mine de charbon au nord de l’Afghanistan. Au départ, les habitants sont enchantés: «quand le décorateur s’est installé, ils ont cru que nous étions une ONG venue pour reconstruire le village…». Il faut expliquer. Voire mentir.
«Le jour où nous avons tourné la scène de l’incendie, le feu s’est approché trop près de la mosquée. Tout le monde était très en colère. J’ai dû expliquer au chef que nous racontions dans le film comment les soviétiques avaient bombardé leur village».
Pour se faire pardonner, l’équipe offre un Coran et des tapis.
Censure
«Terre et cendres», le premier livre de Rahimi, publié en 2000 et écrit en persan, a été un succès en Iran. Le second, «les Mille maisons du rêve et de la terreur», n’est pas sorti dans ce pays. «Les services iraniens ont demandé que 40 pages des 160 pages du livre soient censurées. C’était non».
Religion
Atiq Rahimi résume son rapport à la religion dans cette jolie phrase:
«Je suis bouddhiste parce que je suis conscient de mes faiblesses; je suis chrétien parce que j’avoue ma faiblesse; je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse; je suis musulman parce que je combats ma faiblesse. Et je suis athée si Dieu est tout puissant».
Les contes de Bahudine Majrouh
«L’influence du soufisme sur l’écriture et le mode de vie d’Atiq, pour qui la poésie et sa puissance allégorique sont la seule façon d’appréhender le monde, est immense. Il est le fils spirituel du grand poète afghan Bahudine Majrouh», dit son ami Laurent Maréchaux, auteur des «Sept vies» et de «Secrets de famille» (Le Dilettante). «Ca a été très particulier avec Madjrouh, raconte Rahimi. A 14-15 ans, j’achète un de ses livres, «le Dragon intérieur», par hasard dans une librairie de Kaboul. Je me souviens encore de cette couverture rose pale de mauvaise qualité on était dessiné un monstre enroulé sur lui-même». Comme pour «Hiroshima mon amour», mais bien que le livre soit écrit en perse, Atik ne «comprend rien», mais se sent «pris comme par une forme de magnétisme»:
«Plus tard, j’ai lu Jung, Freud, “Ainsi parlait Zarathoustra”. Et j’ai compris. Majrouh, c’est comme un conte. Il fallait être initié pour le comprendre. Depuis, j’ai lu toutes les traductions de ses oeuvres en français».
The end
Cinéphile averti, Rahimi a aimé récemment «tout Wong-Kar Wai, une telle sensualité», mais aussi «There will be blood», de Paul Thomas Anderson – «une mise en scène digne du meilleur Kubrick». Son mémoire de maîtrise de sémiologie du cinéma était intitulé: «Champ contre-champ dans la Nouvelle vague»; il a ensuite planché, à la Sorbonne nouvelle, sur «La fin dans les films». «J’ai toujours été frappé comment, dans la culture occidentale, la finitude, la finalité, la fin se rassemblent toujours, dit le conteur. Dans la philosophie orientale, en revanche, tout est dans la boucle, la répétition, l’infini…». Les livres de Rahimi s’ouvrent souvent sur beaucoup de possibles.
Quignard et Calaferte
Il y a quelques semaines, Atiq Rahimi a découvert «la Mécanique des femmes», de Louis Calaferte. «Un lecteur m’avait demandé: tu t’es inspiré de lui? Je ne l’avais jamais lu!» Les goûts d’Atiq sont dictés par sa «culture persanophone» et son «attachement à la poésie française», dont il apprécie l’économie. Il aime Quignard, «à cause de son langage de conteur», et la «transparence de l’écriture d’Albert Camus»: «Bref, j’ai un faible pour le degré zéro de l’écriture».
Lieder de Schubert
« J’ai écrit “Syngue sabour” en écoutant tous les jours, avant d’attaquer sur l’ordi, “Le chant du cygne”, ce lieder de Schubert. Plus tard, j’ai découvert le poème qui a inspiré Schubert. On y lit: “voilà un homme avec les yeux ouverts et cloués au plafond”»!
Star’ac afghane
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Qui sait qu’Atiq Rahimi est le concepteur d’une Star’Academy afghane? Le cinéaste-écrivain est en effet directeur artistique auprès d’une chaîne de télévision privée, Télétolo (aube), fondée par une fratrie de la diaspora afghane installée aujourd’hui en Australie, et qui a créé à Kaboul la première radio FM (Arman, espoir), mêlant chansons, histoires drôles et … voix mixtes. Outre l’Afghan Star, il la conseille aussi pour «le Bazar du rire», une académie cathodique d’humoristes en herbe, lance il y a deux ans, et une Star’Ac du business.
Il y a un peu plus d’un an, Rahimi s’attelle à la «bible» d’un soap-opera: «Les secrets de cette maison». L’histoire: un afghan, parti au début de la guerre aux Etats-Unis, revient après trente ans dans une maison qui avait été gardée par des cousins. Ils entendent y rester: «Si on ne l’avait pas occupée, elle aurait été confisquée ou détruite!» La série n’a pas de tabous: difficultés des jeunes, la corruption, la drogue, l’amour… et fait un tabac – notamment chez les femmes et les adolescents. Du coup, Rahimi a créé un atelier d’écriture de scénario qui produit 2 à 3 épisodes par semaine, et qu’il aide même lorsqu’il est à Paris, grâce à … Skype et YouTube. «Les secrets de cette maison» vient d’être primé au Séoul Drama Festival, en Corée. «S’il y a quelque chose à sauver en Afghanistan, dit Rahimi, c’est par la culture et l’éducation».
Tout le dossier spécial de BibliObs sur Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008












Manifestement doué, le jeune Yves Saint Laurent s’ennuie ferme pendant les cours. Son père s’en inquiétera et fera pression sur Brunhoff pour qu’il reçoive son fils. Signe d’un destin tracé d’avance? Les nouveaux croquis de l’étudiant bouillonnant sont de la même veine que la collection “A” de 1955, que prépare justement Dior.














ême en Suède, les femmes gagnent près de 40 % de moins que les hommes pour des fonctions équivalentes. Ce pays est pourtant le moins sexiste du monde, selon un classement sur l’inégalité entre les sexes publié jeudi 8 novembre, par le World Economic Forum, organisateur du forum de Davos (Suisse).