11/11/2008 - 16:35h Le Goncourt 2008 vu par Ariane Chemin: Deux ou trois choses que je sais d’Atiq Rahimi

Par Ariane Chemin

Cinéaste et romancier, Atiq Rahimi, qui vient de remporter le prix Goncourt, a toujours une histoire, un conte ou une légende persane à raconter. Ariane Chemin, qui l’a rencontré à plusieurs reprises, en sait quelque chose

 

Un frère communiste assassiné

«Aucun pays n’a connu comme l’Afghanistan tous les régimes possibles et imaginables en l’espace de 40 ans». Atiq Rahimi est né en 1962 dans une famille aisée et occidentalisée – il fréquente le lycée français de Kaboul. D’abord gouverneur du Panshir, son père, monarchiste, devient juge d’instruction. Le coup d’Etat de 1973 le précipite derrière les barreaux pendant trois ans.  Après le coup d’Etat communiste, en 1978, le frère d’Atiq devient communiste. Il tente – en vain – de rallier son frère aux prosoviétiques, et de le convaincre, puisqu’il est amoureux du 7ème art, d’aller étudier le cinéma à Moscou. Malgré la bourse décrochée dans une école fondée par Eisenstein, Atiq dit non.

Le frère d’Atiq Rahimi est assassiné dans la vallée où sévissait Gulbuddin Hekmatyar, mais Atiq n’apprend sa mort qu’en 1990, un an après le drame, alors qu’il se trouve en France, où il a obtenu l’asile politique en 1984.

Aujourd’hui,  les parents d’Atiq Rahimi vivent aux Etats-Unis, avec l’une de ses sœurs. L’autre est restée à Kaboul. Et quand le prix Goncourt se rend un mois sur deux dans la capitale afghane, il séjourne à l’hôtel: «je suis un peu difficile à vivre».

Kaboul mon amour

Atiq Rahimi a une passion pour Marguerite Duras. Il l’a découverte à Kaboul, au centre franco-afghan. Il y voit «Hiroshima mon amour», le film d’Alain Resnais, un hiver, en pleine guerre afghano-soviétique. «Je suis venu au cinéma par ce film. Je ne comprenais rien, et pourtant j’étais bouleversé. Je me suis dis: Kaboul sera mon Hiroshima». Chez un libraire, il trouve la traduction en persan du roman de Duras: «il était mal relié, les pages s’envolaient, mais il est devenu un trésor».

 

 

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Quand il est arrivé en France avec sa femme et trouve refuge dans l’Eure, près de Rouen, il «plombe» son allocation de réfugié en achetant «l’Amant»: «soixante-dix francs de l’époque, je crois… J’ai toujours l’exemplaire, il n’y a plus de place dans la marge». En 2000, sa traductrice et amie Sabrina Noury envoie son premier livre, Terre et cendres, à plusieurs éditeurs. Atiq Rahimi n’arrive pas à croire que Paul Otchakovsky-Laurens accepte de le publier. «POL, c’était l’éditeur de Marguerite Duras!».

Jurons, dictionnaires et Grévisse

«Ce n’est que lorsque je suis rentré de nouveau en Afghanistan, en 2002, après 18 ans d’exil, que j’ai pu écrire en français. Avant, je m’en sentais incapable».Mais ce n’est qu’en 2008 qu’est paru son premier livre écrit directement dans sa langue d’adoption. Pour cela, Rahimi a travaillé un peu comme l’écrivain grec Vassilis Alexakis: avec un Robert en cinq tomes et le Grévisse. Et à Paul Otchakovsky qui découvre les jurons dans la bouche de son héroïne, il répond: «Mais je t’assure, les femmes afghanes, elles parlent comme ça!».

Un Coran et des tapis contre un tournage

En 2003, un an et demi après la chute des talibans, et trois ans après la publication de «Terre et Cendres», Atiq Rahimi choisit de tourner le film éponyme à l’endroit où se déroule l’histoire – une mine de charbon au nord de l’Afghanistan. Au départ, les habitants sont enchantés: «quand le décorateur s’est installé, ils ont cru que nous étions une ONG venue pour reconstruire le village…». Il faut expliquer. Voire mentir.

«Le jour où nous avons tourné la scène de l’incendie, le feu s’est approché trop près de la mosquée. Tout le monde était très en colère. J’ai dû expliquer au chef que nous racontions dans le film comment les soviétiques avaient bombardé leur village».

Pour se faire pardonner, l’équipe offre un Coran et des tapis.

 

Censure

 

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«Terre et cendres», le premier livre de Rahimi, publié en 2000 et écrit en persan, a été un succès en Iran. Le second, «les Mille maisons du rêve et de la terreur», n’est pas sorti dans ce pays. «Les services iraniens ont demandé que 40 pages des 160 pages du livre soient censurées. C’était non».

Religion

Atiq Rahimi résume son rapport à la religion dans cette jolie phrase:

«Je suis bouddhiste parce que je suis conscient de mes faiblesses; je suis chrétien parce que j’avoue ma faiblesse; je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse; je suis musulman parce que je combats ma faiblesse. Et je suis athée si Dieu est tout puissant».

Les contes de Bahudine Majrouh

«L’influence du soufisme sur l’écriture et le mode de vie d’Atiq, pour qui la poésie et sa puissance allégorique sont la seule façon d’appréhender le monde, est immense. Il est le fils spirituel du grand poète afghan Bahudine Majrouh», dit son ami Laurent Maréchaux, auteur  des «Sept vies» et de «Secrets de famille» (Le Dilettante). «Ca a été très particulier avec Madjrouh, raconte Rahimi. A 14-15 ans, j’achète un de ses livres, «le Dragon intérieur», par hasard dans une librairie de Kaboul. Je me souviens encore de cette couverture rose pale de mauvaise qualité on était dessiné un monstre enroulé sur lui-même». Comme pour «Hiroshima mon amour», mais bien que le livre soit écrit en perse, Atik ne «comprend rien», mais se sent «pris comme par une  forme de magnétisme»:

«Plus tard, j’ai lu Jung, Freud, “Ainsi parlait Zarathoustra”. Et j’ai compris. Majrouh, c’est comme un conte. Il fallait être initié pour le comprendre. Depuis, j’ai lu toutes les traductions de ses oeuvres en français».

The end

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Cinéphile averti, Rahimi a aimé récemment «tout Wong-Kar Wai, une telle sensualité», mais aussi «There will be blood», de Paul Thomas Anderson – «une mise en scène digne du meilleur Kubrick». Son mémoire de maîtrise de sémiologie du cinéma était intitulé: «Champ contre-champ dans la Nouvelle vague»; il a ensuite planché, à la Sorbonne nouvelle, sur «La fin dans les films». «J’ai toujours été frappé comment, dans la culture occidentale, la finitude, la finalité, la fin se rassemblent toujours, dit le conteur. Dans la philosophie orientale, en revanche, tout est dans la boucle, la répétition, l’infini…». Les livres de Rahimi s’ouvrent souvent sur beaucoup de possibles.

Quignard et Calaferte

 

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Il y a quelques semaines, Atiq Rahimi a découvert «la Mécanique des femmes», de Louis Calaferte. «Un lecteur m’avait demandé: tu t’es inspiré de lui? Je ne l’avais jamais lu!» Les goûts d’Atiq sont dictés par sa «culture persanophone» et son «attachement à la poésie française», dont il apprécie l’économie. Il aime Quignard, «à cause de son langage de conteur», et la «transparence de l’écriture d’Albert Camus»: «Bref, j’ai un faible pour le degré zéro de l’écriture».

Lieder de Schubert

« J’ai écrit “Syngue sabour” en écoutant tous les jours, avant d’attaquer sur l’ordi, “Le chant du cygne”, ce lieder de Schubert. Plus tard, j’ai découvert  le poème qui a inspiré Schubert. On y lit: “voilà un homme avec les yeux ouverts et cloués au plafond”»!

Star’ac afghane

 
Dossier spécial: Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

 

- Un entretien avec Ursula Lesiak: «Atiq Rahimi écrit par scènes et par plans»
- L’article paru dans l’Obs cette semaine: Un Afghan prix Goncourt?

Qui sait qu’Atiq Rahimi est le concepteur d’une Star’Academy afghane? Le cinéaste-écrivain est en effet directeur artistique auprès d’une chaîne de télévision privée, Télétolo (aube), fondée par une fratrie de la diaspora afghane installée aujourd’hui en Australie, et qui a créé à Kaboul la première radio FM (Arman, espoir), mêlant chansons, histoires drôles et … voix mixtes. Outre l’Afghan Star, il la conseille aussi pour «le Bazar du rire», une académie cathodique d’humoristes en herbe, lance il y a deux ans, et une Star’Ac du business.

Il y a un peu plus d’un an, Rahimi s’attelle à la «bible» d’un soap-opera: «Les secrets de cette maison». L’histoire: un afghan, parti au début de la guerre aux Etats-Unis, revient après trente ans dans une maison qui avait été gardée par des cousins. Ils entendent y rester: «Si on ne l’avait pas occupée, elle aurait été confisquée ou détruite!» La série n’a pas de tabous: difficultés des jeunes, la corruption, la drogue, l’amour… et fait un tabac – notamment chez les femmes et les adolescents. Du coup, Rahimi a créé un atelier d’écriture de scénario  qui produit 2 à 3 épisodes par semaine, et qu’il aide même lorsqu’il est à Paris, grâce à … Skype et YouTube. «Les secrets de cette maison» vient d’être primé au Séoul Drama Festival, en Corée. «S’il y a quelque chose à sauver en Afghanistan, dit Rahimi, c’est par  la culture et l’éducation».

A.C.

Tout le dossier spécial de BibliObs sur Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

Toute l’actualité littéraire

05/12/2007 - 17:27h Ségolène Royal, une femme politique pas comme les hommes

 

Rue89

Il y a quelque chose d’incongru à lire aujourd’hui le livre de Ségolène Royal, “Ma plus belle histoire, c’est vous” (Grasset). A-t-elle délibérément choisi ce titre en référence aux dix ans de la mort de la chanteuse Barbara? Voulait-elle montrer qu’elle aussi était une femme qui avait souffert? (mais…)

05/12/2007 - 17:23h Ségolène Royal, une femme politique pas comme les hommes

'Ma plus belle histoire, c'est vous' (Grasset)

Il y a quelque chose d’incongru à lire aujourd’hui le livre de Ségolène Royal, “Ma plus belle histoire, c’est vous” (Grasset). A-t-elle délibérément choisi ce titre en référence aux dix ans de la mort de la chanteuse Barbara? Voulait-elle montrer qu’elle aussi était une femme qui avait souffert?

Au-delà du titre, l’ex-candidate adepte de Barbara quelques piques et pleurs. Une force aussi. Cette façon de diriger son public d’une voix qui mélange ordres et protection (rappelons-nous Barbara ordonnant à son public d’applaudir l’auteur d’un texte qu’elle venait d’adapter en live lors de son concert au Châtelet, en 1993). Etrangement, c’est en écoutant Barbara qu’on lira le plus opportunément le livre.

La force

Mais fi de tout angélisme. Fi du fait que, in fine, ce livre ne contient pas de révélations dignes de ce nom, autres que le refus de François Bayrou d’honorer ce rendez-vous que Ségolène Royal prétend avoir reçu de lui. Ce que la candidate tente de montrer ici, c’est bien une force. Une force de femme/candidate.

Elle a “hésité longuement à parler” d’un autre François. Hollande, évidemment. Et puis elle se lance. Deux pages très intimes. Trop intimes d’ailleurs pour être écrites entièrement à la première personne.

La vie politique -”Pendant la campagne, la candidate se disait: demain c’est le bon jour, il va basculer vers moi. (…) Et ce jour n’est jamais venu.”- se mêle à la vie privée -”une humiliation secrète, une douleur parfois aiguë”.

L’humeur est également aux règlements de compte: “Quand François Hollande récemment a parlé de revenir, je lui ai dit que ce n’était pas une bonne idée.” Mais elle ne peut clore ce chapitre, comme tous les points du livre, sans parler d’espoir, de 2012… et de sa condition de femme:

“Oui, pour gagner la prochaine fois, il faudra le soutien de tout un parti et d’un compagnon amoureux, à fond avec la candidate.”

En attendant, contrairement à ce qu’elle dit ici, contrairement à ce qu’a écrit Claude Bartolone dans “Une élection imperdable” (L’Archipel), il apparaît clairement qu’elle ne pouvait pas gagner cette élection. L’appareil du PS était contre elle. DSK et Laurent Fabius étaient contre elle, ou au mieux levaient les yeux au ciel durant les meetings (”Et pourtant je ne lévite pas”, ironise-t-elle). Lionel Jospin aura été lui “un procureur impitoyable”.

Elle pense aussi avoir été rejetée “comme on rejette la différence: moi et mes lectures, Anselm Grün et la poésie, Jack Kerouac. Moi et mon goût des paradoxes”.

Face à la machine de guerre UMP, Ségolène Royal ne pouvait pas non plus gagner:

“D’une certaine manière, Sarkozy a tout mis sur la table. J’ai incarné la nouveauté, mais il a incarné la force.”

Et pourtant, elle sait faire la guerre. Et elle en a, de la force. Ce livre le montre. Ségolène Royal sait faire la guerre parce que Ségolène Royal est une mitterrandienne. C’est pourquoi, et c’est là tout le but de son ouvrage, elle sait qu’elle reviendra. Bientôt, peut-être, comme Mitterrand après 1965, saura-t-elle mieux faire la guerre. Bientôt, peut-être, comme Mitterrand, parviendra-t-elle à achever l’implosion du PS pour mieux le reconstruire.

L’humour

“J’étais sorcière, tu me voulais câline.” Cette simple phrase de la chanteuse défunte semble désigner la Ségolène Royal qui se lance dans les primaires socialistes en 2006. Pas d’information capitale donc, mais une analyse de l’intérieur de la campagne qui recèle quelque indication sur l’appareil d’un parti.

“Ma plus belle histoire, c’est vous” est un plat livré avec sa sauce piquante. Evénement inattendu, incroyable: Ségolène Royal a de l’humour. Un humour pincé, mais qui contient sa dose de sagesse. Une autodérision qui semble avoir généré cet ouvrage. Une sagesse qu’elle semble avoir acquise en déviant les frappes des éléphants du PS. Quand Michel Rocard vient exiger, sûr de son fait, qu’elle se désiste en sa faveur, elle amortit:

“Je me suis inventé, dans ces circonstances, un regard d’ethnologue. Je me mets en situation d’observation, comme si j’étais face à une tribu étrange, ou en voie de disparition, et donc passionnante à observer.”

L’identification

“Depuis le 6 mai 2007, j’y ai souvent repensé, je me suis souvent interrogée: être une femme dans cette élection majeure, est-ce que ça a pesé?” Ségolène Royal est une femme et s’interroge tout le long de son livre-bilan. Rien n’y échappe. Aucun fait de campagne n’est éclairé à un moment ou à un autre par le prisme de la féminité. Derrière chaque coup bas, un soupçon de machisme. A tort ou à raison? La réponse est laissée à l’appréciation des (é)lecteurs.

L’ex-candidate socialiste à la présidentielle y consacre même la totalité de l’une des cinq parties de l’ouvrage. Au titre évocateur: “L’autre moitié du ciel: candidate mais femme.” Encore une histoire de titre. Après celui du livre, celui qui recense les attaques sur son sexe chante également et parle de lui-même: “Etre une femme candidate, c’est pas si facile…”

Ces attaques, elle les a retenues et les retiendra longtemps. Elle ne résiste pas à les rappeler, à les donner en pâture aux lecteurs. Elle les appelle de simples “écarts de langage” pour mieux souligner leur gravité:

“Qui va garder les enfants?”
“Et pan dans le popotin, comme la mère Merkel”
La présidentielle “n’est pas un concours de beauté”…
… ou “une question de mensurations”

Elle revient sans cesse à la charge: “Je le maintiens: le fait d’être une femme, ça a compté.” Ça compte en tout cas pour elle. Elle a consacré à ces femmes une part majeure de sa campagne, elle leur réserve moult développements de son livre. Aux “caissières assujetties à des horaires irréguliers et à une amplitude journalière qui excède leur temps de travail faiblement rémunéré”. A toutes les “travailleuses pauvres”: “Sur 8,4 millions de salariés qui n’atteignent pas le smic, 80% sont des femmes.”

Aussi politiques soient-ils, les faits de campagne deviennent sexués. Quand Michel Rocard déboule dans son bureau, elle ne peut s’empêcher de penser:

“L’ancien Premier ministre aurait-il fait la même incroyable démarche face à un candidat homme?”

Quand elle se fait éconduire par le président du MoDem, elle écrit:

“Au dernier moment, François Bayrou refuse de me recevoir. Comme un amoureux qui craint la panne.”

On est, nous aussi, en droit de s’interroger: quelles n’auraient pas été les réactions féministes, si un homme avait couché noir sur blanc: “Comme une amoureuse qui craint un manque de libido”?

L’objectif

“Dis, quand reviendras-tu?”, chantait la dame en noir. L’ex-candidate, elle, le sait. Du moins, elle le veut. L’objectif est clair. Il n’a jamais été secret: 2012.

C’est la seconde partie du livre, très intéressante. Celle où elle sort de son personnage. Pour invoquer une véritable politique à visage féminin. Une politique où les femmes n’oublient pas les femmes (Miss Thatcher en prend alors pour son grade, elle qui les avait oubliées). Une politique à la Olympe de Gouges, à la Michelle Bachelet, à la Maria Teresa de la Vega (numéro deux du gouvernement Zapatero), à la Tarja Halonen (présidente finlandaise). Une politique où “le jour se lève encore”.

Par ses vues, par son humour (citer le poète Henri Michaux pour excuser et cautionner le coup de la “bravitude”), par ses références littéraires, l’ex-candidate montre un aplomb peu vu dans la campagne.

Ce livre a quelque chose d’incongru: auto-centré et altruiste, auto-ironique et snob. On ne sait toujours pas exactement où Ségolène Royal se situe politiquement, mais on sait qu’elle veut avoir une vision du futur politique. Ce qui est sûr, quoiqu’on pense de son auteur, c’est qu’il ne s’agit pas d’un objet de luxe, qu’elle a souffert pour l’écrire, qu’elle tenait à l’écrire.

Aucune phrase ne semble mieux définir l’ex-candidate que ces paroles de… Barbara:

“Pour qui comment et pourquoi? Contre qui comment et pourquoi? S’il faut absolument qu’on soit pour quelqu’un ou quelque chose…”

Hubert Artus et Julien Martin

“Ma plus belle histoire, c’est vous” de Ségolène Royal, Grasset, 335 pages, 19,50 euros.

05/11/2007 - 12:48h Prix : Leroy couronné, Pennac consacré

cimg2174.1194273527.JPG Arrivée des courses à 13h à l’hippodrome de Drouant : 1er au Goncourt (10 euros défiscalisés et d’autres euros pas nets d’impôts) au 14ème tour de piste Gilles Leroy sur Alabama song (casaque bleue du Mercure de France), 1er au Renaudot au 10ème tour de piste Daniel Pennac sur Chagrin d’école (casaque ivoirée à liseré rouge de Gallimard). Le moins qu’on puisse dire est que le résultat est inattendu. Le fait est que cette année, il s’est passé “quelque chose” en coulisses que l’on peut reconstituer à travers des conversations tant “on” que “off the record” avec des membres des deux jurys. Il semble bien que cette fois, bien que ce ne soit pas la première, les pressions et manoeuvres ont atteint un tel niveau qu’un certain nombre de jurés se sont rebiffés. Gardons-nous d’en tirer des conclusions définitives sur la morale des prix littéraires ! Que s’est-il passé ?

D’abord l’élimination de la favorite Amélie Nothomb de la dernière liste de sélection du Goncourt. Ca n’a rien à voir avec la qualité de son livre : il se trouve simplement qu’un responsable de sa maison d’édition Albin Michel a cru bon écrire une longue lettre adressée à la présidente du jury Edmonde Charles-Roux : il y expliquait en substance que les Goncourt se déconsidéreraient en ne décernant pas leur prix à son auteur… Faut-il préciser que cette lettre a fait très mauvais effet du côté de Drouant et les a tant indisposés qu’elle a valu à la pauvre Nothomb de se faire éjecter de la liste ? Ensuite il y eut les grandes manouevres Grasset -Le Seuil (tu fais voter “tes” jurés pour mon auteur à un prix, je fais voter “les miens” pour ton auteur à l’autre prix). C’était tellement gros, voire grossier, et même insistant, qu’il y eut force téléphonages ce week-end entre les jurés du Goncourt et du Renaudot pour déjouer le petit business qui se concoctait. Olivier Adam et Christophe Donner en ont fait les frais. Sans ces maladresses, ils auraient probablement été laurés. En attendant, ils sont bernés.

L’ambiance était pourtant sans mystère et sans enthousiasme ce matin dans les escaliers normalement bondés et agités du restaurant Drouant. Rien à voir avec l’embouteillage hystérique de l’an dernier. Pas un cadeau de succéder à Jonathan Littell : 187 pages d’une histoire bien troussée sur les Fitzgerald, l’auteur s’étant glissé dans la peau de Zelda pour dire sa difficulté à exister à côté de Scott, ce pourrait être l’anti-Bienveillantes. Le roman, qui n’est surtout pas une biographie de la narratrice cimg2172.1194273719.JPG(bien que l’auteur ait fait une enquête documentaire, la plupart des évènements, des personnages et des lettres sont imaginaires), possède un vrai charme. Il emporte facilement. Mais il n’y a pas d’enjeu, ni dans le fond (l’aventure intérieure de ce couple mythique a été tellement analysée qu’elle est devenue un lieu commun de l’histoire littéraire américaine), ni dans la forme (assez conventionnelle). Gilles Leroy n’a pas pris de risque et il n’en fait pas courir à ses lecteurs. Ce sera certainement un honnête Goncourt pour ce qui est des ventes. Un roman qui emprunte son titre à Brecht (dans Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny), son épigraphe à Cartier-Bresson (”Quand on va au bal, il faut danser”) et qui pousse la délicattesse jusqu’à être dédié à son fidèle éditeur (Isabelle Gallimard) ne saurait être entièrement mauvais…

Pour le Renaudot, les grandes manoeuvres ont tout de même provoqué un coup de théâtre : le surgissement in extremis du Chagrin d’école de Daniel Pennac qui n’avait pas été sélectionné étant paru trop tard, grâce à l’action de Jean-Marie Le Clézio, Patrick Besson et Franz-Olivier Giesbert. Ce dernier cimg2177.1194273881.JPGs’en explique :”On dira que ce n’est pas un roman mais Le Château de ma mère non plus et tant d’autres ! C’est un livre fondamentalement marrant, qui met de bonne humeur et déculpabilise. Que voulez-vous de plus ? Le Renaudot a plusieurs vocations ; l’une d’elle est de donner un coup de chapeau à un bon auteur populaire méprisé par l’élite”. Giesbert a donc plaidé, Le Clézio exceptionnellement absent l’a appuyé en direct par téléphone depuis la Corée du sud (”Je ne connais pas l’auteur, j’ai aimé le livre et tant pis s’il est chez mon éditeur, je ne voterais pas pour Gallimard avant dix ans au moins !”) et Patrick Besson, président du jury cette année, a fait pencher la balance avec sa double voix. C’est ainsi que le candre Pennachionni a été consacré, ce qui aurait fait très plaisir à son papa. Voilà les raisons du choix, sans oublier que distinguer un livre qui est déjà numéro un ventes, c’est s’offrir la volupteuse perspective de voir le Renaudot 2007 se vendre davantage que le Goncourt 2007. Orgueil de jurés puisque dans les deux cas, c’est Gallimard qui emporte la timbale.

(Photos P.A.)

05/11/2007 - 12:39h Prix Goncourt : qui succédera à Jonathan Littell ? La reponse est Gilles Leroy pour "Alabama Song"

Dernière minute – Le célèbre prix de littérature a été remis, lundi, à Gilles Leroy pour “Alabama Song”, tandis que Daniel Pennac a reçu le prix Renaudot pour “Chagrin d’école”.

Qui pour succéder aux Bienveillantes de Jonathan Littell (Gallimard), l’événement de la rentrée littéraire 2006 ? Aujourd’hui, au célèbre restaurant Drouant, place Gaillon, à Paris, vers 13 heures, les dix jurés de l’Académie Goncourt feront connaître le nom du 104e lauréat du Prix, créé en 1903.

Le rituel est désormais immuable. Devant un parterre de perches, micros, journalistes, attachés de presse, éditeurs, Didier Decoin, secrétaire du plus prestigieux des prix français, juché à mi-étage (la salle à manger où délibèrent les jurés est situé au premier étage, tandis que la foule impatiente attend au rez-de-chaussée) annoncera le nom du vainqueur. A ses côtés, figureront Edmonde Charles-Roux, la présidente ainsi que les jurés les plus valides : Bernard Pivot, Françoise Chandernagor…

Cette année, les jeux sont plus ouverts qu’à l’accoutumée. Délivrée le 26 octobre, à la foire du livre de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), une des foires les plus commerciales de France, la dernière sélection comprend en effet cinq romans français, contre trois ou quatre habituellement : A l’abri de rien, d’Olivier Adam (L’Olivier) ; Le Rapport de Brodeck, de Philippe Claudel (Stock) ; Le Canapé rouge, de Michèle Lesbre (Ed. Sabine Wespieser) ; La Passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod (Grasset) et Alabama Song, de Gilles Leroy (Mercure de France).

UN EFFET DÉMULTIPLICATEUR

Cette finale élargie peut signifier soit que la rentrée littéraire 2007 est particulièrement riche et de qualité, soit que les jurés sont dans un état plus grand d’indécision. En tout cas, ils n’ont pas hésité à évincer de leur dernière liste Ni d’Eve, ni d’Adam, d’Amélie Nothomb (Albin Michel) jusque-là donnée grande favorite par les critiques pronostiqueurs.

Doté d’un chèque symbolique de 10 euros, le prix Goncourt ne constitue pas en soi un enjeu financier. En revanche, bien loin devant les autres prix, – le Renaudot, décerné le 5 novembre, le Décembre, le 6, le Flore, le 7, le Femina et le Médicis, le 12, l’Interallié, le 13 novembre –, il continue de provoquer un effet démultiplicateur sur les ventes qui profitent à l’auteur mais aussi à son éditeur et aux libraires. Un bon Goncourt peut dépasser le cap des 300 000 ventes. Pour un écrivain dont le rêve est en un sens d’être lu, c’est l’assurance de toucher un large public et de connaître un brin de notoriété.

Jean-Rémy UvèbeUne rentrée littéraire prolifique

Pas moins de 727 romans, français et étrangers, auront été publiés de la mi-août à la mi-octobre. Parmi eux figurent 493 romans français – dont 102 premiers romans – édités par 90 maisons d’édition. Celles-ci auront mis aussi sur le marché 234 romans étrangers. Cette année, la production littéraire enregistre une augmentation de 9 % par rapport à 2006.