03/06/2008 - 17:52h Crise alimentaire : comment produire plus et vite

Selon les projections du Food and Agricultural Policy Research Institute (Fapri), un centre de recherche américain, le monde aura besoin de 200 millions de tonnes de céréales supplémentaires dès 2015 – il en a produit 2,1 milliards en 2007.
Le Monde
Comment le monde assurera-t-il sa sécurité alimentaire, alors que la demande explose, que les prix s’affolent et que le réchauffement climatique complique toute volonté d’augmenter la production ? La question est discutée lors de la conférence internationale de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du 3 au 5 juin à Rome.
Selon les prévisions, il sera nécessaire de doubler la production agricole d’ici à 2050, au regard de la croissance démographique et de l’évolution des habitudes alimentaires. Avec l’élévation du niveau de vie, la consommation de viande augmente, et donc les besoins en céréales pour nourrir le bétail également.
Les émeutes contre la “vie chère” ont fait prendre conscience qu’il fallait produire plus et vite. Selon les projections 2007 du Food and Agricultural Policy Research Institute (Fapri), un centre de recherche américain, le monde aura besoin de 200 millions de tonnes de céréales supplémentaires dès 2015 – il en a produit 2,1 milliards en 2007.
Pour produire plus, deux leviers existent : l’augmentation des surfaces et celle des rendements. Selon la FAO, il y a 1,5 milliard de terres cultivées à l’échelle mondiale, et 4 milliards de cultivables. Avec plus ou moins de potentiel néanmoins, car celles cultivées aujourd’hui sont les meilleures et les plus accessibles.
“Il est certes possible d’augmenter le nombre de terres cultivées, mais cela se fera au détriment des forêts ou des pâtures, des surfaces importantes pour le stockage du carbone et la biodiversité”, explique Bruno Dorin, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).
Tout cela est donc question d’arbitrages. “Les pâtures servant à l’alimentation animale, ne vaut-il pas mieux laisser brouter le bétail que de cultiver des céréales pour le nourrir?”, interroge l’économiste. Deux autres points font également question : le développement des agrocarburants et la culture des OGM.
Le niveau élevé des prix agricoles devrait constituer l’une des principales incitations à produire davantage, estime l’institut technique Arvalis. Dans sa revue Perspectives agricoles, cet organisme vient de publier une carte des marges de manœuvre pour augmenter rapidement la production mondiale. Si les potentiels existent, il pointe les limites spécifiques à chaque région.
Amérique du Sud. La zone constitue un important potentiel des terres à mettre en culture, hors région amazonienne et prairies, principalement au Brésil. “Cependant, plus on y défriche, plus on se dirige vers le centre du pays, donc loin des zones de consommation et des ports. La logistique reste un frein puisqu’il y a peu d’infrastructures routières”, explique Crystel L’Herbier, économiste chez Arvalis. En Argentine, il existe plutôt une possibilité d’accroître les rendements, à condition que la trésorerie des agriculteurs puisse leur permettre d’investir.
Amérique du Nord. Un changement d’affectation des terres au profit des céréales est envisageable au Canada et aux Etats-Unis, selon les “Perspectives agricoles 2008-2017″ de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la FAO, publiées jeudi 29 mai.
Si les surfaces disponibles sont peu nombreuses, il s’agit de bonnes terres (13 millions d’hectares en jachères aux Etats-Unis). Côté rendements, des innovations sont escomptées pour le maïs. Mais, pour l’instant, les Américains misent sur les agrocarburants.
Union européenne. Selon la Commission, l’UE pourrait dans les dix ans augmenter sa production de céréales de 50millions de tonnes (256 millions en 2007). Elle envisage d’en gagner 38 millions par une hausse de 1 % des rendements par an, le reste provenant d’hectares supplémentaires. La jachère pourrait être supprimée.
C’est dans les nouveaux Etats membres que les rendements peuvent réellement progresser. Dans les pays à forte productivité comme la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, ils plafonnent désormais. Selon une étude du ministère de l’agriculture publiée vendredi 30 mai, le blé s’est stabilisé depuis dix ans en France autour de 70 quintaux par hectare, contre moins de 30 au début des années 1960.
Russie et autour de la mer Noire. Il existe là un important potentiel d’anciennes terres agricoles qu’il serait possible de remettre en culture. En Russie, selon Arvalis, plus de 20 millions d’hectares de céréales ont disparu ces quinze dernières années. Si les prix restent incitatifs, des investisseurs pourraient s’y intéresser. Les freins majeurs restent le délai et le coût de la remise en culture, ainsi que les problèmes de propriété foncière qui peuvent se révéler dissuasifs.
Afrique. Près de 210 millions d’hectares sont cultivés, alors que plus de 1 milliard pourrait l’être, dont 400 millions de très bonnes terres. Mais les experts d’Arvalis ne comptent pas sur l’Afrique pour augmenter d’ici à 2015 la production mondiale. “Nous y imaginons certes un développement, mais escomptons des résultats plutôt pour la décennie suivante”, explique MmeL’Herbier.
“Nombreux sont ceux qui ont une vision catastrophiste de l’agriculture africaine. Pourtant, en vingt-cinqans, l’Afrique de l’Ouest a doublé voire triplé sa production en consommant des surfaces sur le mode de l’exploitation extensive”, plaide Roger Blein, coauteur d’une étude sur la question publiée en février par la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM).
Il reconnaît cependant que les sols africains sont fragiles et peu fertiles. Selon lui, les freins au développement de la production résident dans le manque d’accès aux intrants, à la formation, au crédit, au stockage et aux marchés urbains du fait de l’inexistence de routes. “Si la production de riz augmente de 50 %, tout le monde aura sa marchandise sur les bras, ce sera catastrophique”, estime-t-il.
Asie et Australie. Il y a peu de potentiel d’augmentation des rendements en Australie, sauf à trouver des variétés résistantes à la sécheresse. Le manque d’eau constitue aussi un problème en Inde et en Chine, où l’urbanisation grignote notamment les meilleures terres agricoles. C’est aussi en Asie que les rendements ont le plus progressé, notamment en Inde, grâce à la révolution verte. “Il sera difficile d’y intensifier la production, d’autant plus que l’on y pratique déjà plusieurs cultures par an sur une même terre”, explique M.Dorin.
Pour produire plus et vite, l’OCDE et la FAO tablent plutôt sur les gains de productivité que sur les terres. Mais le recours aux engrais sera moins avantageux qu’avant, car leurs prix flambent, emportés par l’envolée du pétrole. Et, surtout, l’intensification de la production a causé des dégâts sur l’environnement désormais bien connus. A moyen terme, l’espoir réside dans l’“intensification écologique” de l’agriculture, mais “la recherche en est encore à la préhistoire”, explique M. Dorin.


endredi 11 janvier, tard dans la soirée, un communiqué de Matignon annonçait la décision d’activer la clause de sauvegarde sur le maïs transgénique de Monsanto MON 810. Ce maïs destiné à l’alimentation animale étant le seul cultivé en France, le moratoire sur les cultures d’OGM est effectif.Le gouvernement s’appuie sur les “faits scientifiques nouveaux” invoqués par la Haute Autorité sur les OGM, qui concernent la pollinisation croisée entre les cultures et les effets sur la faune. L’Autorité fait également état d’“interrogations” sur les conséquences environnementales, sanitaires et économiques de la culture du MON 810. “Les doutes sur cet OGM ne condamnent pas l’intérêt de cette technologie pour relever les défis alimentaires et environnementaux”, ajoute Matignon. Un plan d’investissement de 45 millions d’euros dans les biotechnologies est annoncé.