13/06/2009 - 15:48h Crise faz murchar os prostíbulos na Alemanha
O jornal Le Monde repercute o sinal de alerta dos principais jornais da Alemanha. A crise global afeta particularmente os prostíbulos e a prostituição. As promoções não permitem reverter o declínio. Os fundamentos da “mais velha profissão” estão vacilando perante os efeitos da crise global. É que a crise golpeia mais forte a Europa e os países ricos.
Allemagne : les maisons closes broient du noir

Les patrons de maisons closes sont formels : la fréquentation de leurs établissements a, depuis cet hiver, chuté d’environ 30 %.AFP/JOHN MACDOUGALLBerlin, Correspondante LE MONDE
Accrochée aux fenêtres des maisons closes d’Allemagne, la petite lampe rouge – signe discret, mais sans ambiguïté – semble bien pâlotte. Et les affiches, parfois plus explicites, collées aux carreaux n’y changent rien : les temps sont rudes, pour le milieu allemand de la prostitution. “Si le client n’arrive même plus à financer son logement, sa nourriture et sa voiture, comment voulez-vous qu’il fasse des frais pour du sexe ?”, demande Monika Heitmann, de l’association Nitribitt, qui, depuis plus de vingt ans, assiste les prostituées de Brême.
Oui, même le Rotlichtmilieu (le “milieu de la lanterne rouge”) semble touché par la crise, et “tire la sonnette d’alarme”, comme l’a titré le quotidien Süddeutschezeitung. Les patrons de maisons closes sont formels : la fréquentation de leurs établissements a, depuis cet hiver, chuté d’environ 30 %. Contraintes et forcées, bien des “filles” se retrouvent au chômage partiel. Tandis que le plus vieil établissement de Francfort, le FKK Sudfass, a fermé ses portes en début d’année, après trente-sept ans de service, le secteur lutte pour sa survie.
Certes, le quotidien économique Handelsblatt souligne que la situation n’est guère plus brillante à Amsterdam, où, d’après lui, le “ralentissement drastique” de l’activité va “porter le coup de grâce” à de nombreuses maisons du fameux Quartier rouge. Mais l’Allemagne, où le gouvernement Schröder a décidé de légaliser la prostitution en 2002, afin de décriminaliser le milieu et de donner des droits aux prostituées, s’inquiète du sort de ces dernières.
Peu évoqué en France, le sujet n’a ici rien de tabou. “Le rapport marchand à la sexualité est beaucoup plus répandu en Allemagne qu’en France, notamment dans la capitale, témoigne le sociologue Yves Sintomer, directeur adjoint du Centre franco-allemand Marc-Bloch à Berlin. Ce n’est pas un hasard si le leader européen du sex-shop (Beate Uhse) est allemand !”
Comment l’expliquer ? Peut-être par “une culture moins pudique du corps, de la nudité, et du sexe en général, qui serait liée au mouvement naturiste du début du XXe siècle, lequel a fortement marqué les moeurs, notamment, par la suite, en ex-RDA. Tout cela, appuyé par certains courants féministes, s’est cristallisé en faveur de la légalisation de la prostitution et a permis sa large acceptation dans la société.” Un lien entre la “FKK” (Frei Körper Kultur, “culture du corps libre”) et la prostitution souvent reconnu par les professionnels.
On saura donc tout, grâce au quotidien populaire Bild mais aussi à la presse la plus sérieuse, des misères que connaît le milieu. “Aujourd’hui, nos filles gagnent au maximum 500 euros par semaine, là où elles s’en faisaient facilement 1 500 avant”, se lamente Ralf Gottschald, patron d’un établissement de Hanovre. Pour gagner leur vie, les prostituées en viennent à tout accepter. Face à “la concurrence dramatique” qui, d’après Marion Detlefs, de l’association berlinoise Hydra, s’est installée, certaines renoncent même à “faire respecter les fondamentaux du métier : port obligatoire du préservatif, interdit du baiser buccal”.
Une dégradation des conditions de travail observée depuis plusieurs années par cette association de terrain, en contact permanent avec les quelque 700 maisons closes que compte la capitale allemande. “La crise du milieu de la prostitution ne date pas d’aujourd’hui, surtout à Berlin où la paupérisation de la population est plus forte qu’ailleurs”, insiste Marion Detlefs. “Pour avoir une chance de survivre, les maisons closes multiplient les offres attractives, cherchent à tout prix à se distinguer. Ce sont les prostituées qui font les frais de cette surenchère.”
De fait, jamais les établissements n’ont fait preuve d’autant d’imagination. A Berlin, le FKK Artemis propose ainsi des tarifs spéciaux pour les retraités ainsi que pour les chauffeurs de taxi – “ces derniers, nous ramenant pas mal de clients, paient moitié prix le dimanche et le lundi”, justifie Ekki Krummeich, le tenancier. A Berlin toujours, le Pussy Club, ouvert en 2008, avec son forfait “Zwei für eins” (”Deux pour le prix d’un”), invite madame à prendre part aux ébats. “Nous n’avons fait que répondre à une demande de notre clientèle, parfois exprimée par les conjointes elles-mêmes”, s’en explique Alex Schuh, le gérant.
Mais c’est encore avec sa formule à 70 euros que le Pussy Club bat tous les records. Pour cette somme en effet, le client a droit de “faire tout ce qu’il veut, autant qu’il le veut, aussi longtemps qu’il le peut” (uniquement toutefois aux heures creuses, de 10 heures à 16 heures). Le Pussy Club signe ainsi le triomphe du “bordel discount”, un nouveau type d’établissement qui connaît un succès grandissant. A n’en pas douter, “le concept est promis à un bel avenir”, se félicite Alex Schuh.
“Que voulez-vous, c’est la seule solution, si l’on veut trouver une parade à la crise”, assure Isabelle Rozier, patronne berlinoise du Belle Escort Club. “A moins d’opter pour la direction opposée : celle de l’offre exclusive (qu’elle a elle-même choisie pour son établissement, dont le “High Class tariff” s’élève à 500 euros, pour trois heures). En tout cas, il faut se décider. Rester dans l’offre moyenne, c’est mourir à coup sûr.” Bien qu’il mise sur la niche du luxe – en partant du principe qu’”il y aura toujours une clientèle en mesure de payer” -, le Belle Escort Club a lui aussi subi la récession de plein fouet : sa patronne estime à 20 % la baisse de fréquentation de son établissement.
Comme le client “déserte les bordels et les clubs trop onéreux pour s’acheter du sexe au coin de la rue”, selon le très sérieux quotidien Die Welt, “de plus en plus de prostituées retournent faire le trottoir”, atteste Monika Heitmann. “Ce qui les vulnérabilise davantage, témoigne Marion Detlefs. Au moins, dans une maison close, elles appartiennent à une structure, et bénéficient d’une certaine solidarité. Dans la rue, la concurrence est plus féroce que jamais, les Polonaises et les Bulgares sont accusées de faire baisser les tarifs et de ruiner le métier.”
Alors, aujourd’hui, Samanta, 34 ans “préfère arrêter, et travailler à nouveau comme vendeuse”. Son revenu, affirme-t-elle, a chuté de 60 % par rapport à ce qu’elle gagnait il y a dix ans. “Cela n’a pas de sens de continuer”, en conclut-elle. “Il est clair que les sommes que l’on pouvait gagner il y a vingt ans dans ce secteur n’ont plus cours. Mais le métier existera toujours”, veut croire Anke Christiansen, une ancienne prostituée âgée de 54 ans, qui, en 2003, a fondé avec deux copines à Hambourg le Geizhaus, le tout premier bordel discount du pays. Lequel affiche fièrement son slogan : “C’est l’avarice qui rend lubrique.” Lequel sonne singulièrement bien avec l’esprit du temps.
Lorraine Rossignol

