30/10/2009 - 20:55h Mais où sont les putes d’antan ?

Agnès Giard

Filles de joie, pierreuses, lorettes, filles à soldats, marmites, filles publiques, hétaïres, radeuses, catins, péripatéticiennes, horizontales, grues, boucanières, paillasses, morues, gotons, pouffiasses, amazones, professionnelles, filles soumises, tapins, fleurs de macadam, belles de nuit, asphalteuses, marchandes d’amour, turfeuses, ménesses ou gagneuses… La plupart des noms qui désignaient les prostituées ne sont plus en usage de nos jours. On dit “pute”, et voilà tout. Il n’y en a pourtant pas moins qu’avant, peut-être même plus, mais il est devenu si mal vu de s’en “payer” une qu’on préfère passer ça sous silence. Aujourd’hui à Paris, une exposition rend hommage à ces femmes que le tout-Paris fréquentait gaiement jusque dans les années 40, dans des maisons closes de luxe classées par les guides touristiques au rang de “must-see”.

Expo-fev-06

Le “Chabanais”, le “One Two Two”, le “Sphinx” et tant d’autres: les maisons closes furent les hauts lieux du Paris de la Belle Époque et des Années folles. Univers de luxe et de volupté, de kitsch et de mondanités, ces maisons reflétaient un art de vivre et d’aimer nourri de tous les désirs et de toutes les excentricités.” La galerie Au Bonheur du Jour (située juste en face de l’illustre N°12 de la rue Chabanais, dont la loi Marthe Richard ferma les portes en 1946) vous invite à “redécouvrir ces mondes disparus, sur le mode d’une promenade coquine et nostalgique dans ces lieux mythiques, dont les somptueux décors faisaient voyager les filles et leurs clients de l’Inde au Japon, de la Chine à Venise. Elle permettra aux collectionneurs et amoureux des maisons d’illusion de découvrir et d’acquérir une collection unique de photographies signées Brassai, André Zucca, Atget, Gaston Paris, Doisneau, etc.

L’exposition dévoile l’intérieur du célèbre bordel du 30 de la rue Lepic (maison spécialisée dans les fessées), du 9 rue de Navarin (très connu pour ses fantaisies sado-masochistes) mais aussi de bordels masculins. Les photos de Tableaux vivants (reconstitutions de scènes érotiques par des prostituées) jouxtent celles de lingeries du fameux catalogue DIANA-SLIP, 1932, destiné aux maisons luxueuses. Des peintures réalisées pour orner les alcôves côtoient des objets inattendus: la canne-cravache du One Two Two portant le nom de la fouetteuse «Flora», une poignée de porte de bordel 1900 en bronze, un heurtoir de maison close pour hommes, une dague de défense, une ceinture de chasteté et une curieuse “visionneuse enfermant des «mirages», ainsi que des cravaches, badines et plaques décoratives en bois sculpté”.

Toutes ces photos, dessins, peintures et curiosités, illustrent la vie quotidienne dans ces maisons, scènes vénéneuses des amours tarifés, mais aussi théâtre d’une vie sociale brillante où le champagne coulait à flots, entre le frou-frou des élégantes et le va-et-vient des messieurs et le ballet des tenancières”. Créatrice de la galerie Au Bonheur du Jour, Nicole Canet fait elle-même figure d’œuvre d’art au milieu de ses collections érotiques. Cette ancienne danseuse de cabaret, reconvertie dans les curiosa, amasse depuis près de 30 ans les témoignages les plus extravagants de la vie sexuelle de nos arrière-grands-parents… Elle adore dévoiler ses trésors. Sa galerie est d’ailleurs aménagée en boudoir. On y entre comme dans un appartement de cocotte, saisi par le parfum qui imbibe les tentures et les toiles, les lourds catalogues reliés et les jolis meubles à bibelots, avec l’impression de faire un bond spatio-temporel en arrière. Ça fait rêver.

Bien malgré elles, les prostituées ont toujours fait rêver. En 2002, Régine Desforge rappelle que leur présence continue de hanter certains quartiers: il y a dans le Marais, “une rue au joli nom bien trompeur, la rue du Petit-Musc, qui en porta un autre avant que la morale bourgeoise ne s’en offusquât. C’était, au XIVe siècle, une petite artère où les prostituées exerçaient leur métier; d’où son nom d’alors, la Pute-y-muse…”. Le nom est joli, mais qu’on ne s’y trompe pas. Il cache une réalité souvent atroce. Les femmes qui se livrent à la prostitution sont –dans leur immense majorité– des esclaves sexuelles privées de tous les droits et contraintes de subir le martyre. “A Rome, rappelle Régine Desforge, les filles publiques portaient une mitre et une toge ouverte sur le devant. Leurs vêtements étaient jaunes, couleur de la honte et de la folie.” Dans l’occident chrétien, la prostituée reste un objet de répulsion.

Même le XIXe siècle, qui donne aux prostituées un statut de quasi-stars (les demi-mondaines deviennent des héroïnes d’opéras et de livres), les maintient cependant au rang de serpillères spermatiques. C’est “le siècle qui a le plus défendu la vertu, la féminité accomplie, et le plus institué la prostitution, avec les maisons closes, explique Bruno Remaury, anthropologue et auteur du Beau sexe faible. La féminité est toujours vue comme ambivalente: à la fois sublime, accomplie, parfaite; et malsaine, inquiétante, maléfique. Tout homme riche peut entretenir une femme destinée à son plaisir. Il a donc réellement à sa disposition les deux faces de la féminité: l’épouse vertueuse et la courtisane.” A la première échoit la mission de procréer de beaux enfants sains. A la seconde… celle de purger l’homme. “Le XIXe a de l’hérédité une vision primaire: on considère qu’un bandit aura des enfants bandits. Ainsi, la prostitution a du bon, au sens où, comme un évier, elle fait s’écouler les descendances bâtardes et dégénérées.

Voilà donc à quoi servaient les prostituées des bordels. Marthe Richard savait de quel enfer il s’agissait quand elle réclama la fermeture des maisons closes. Ancienne prostituée, avant de devenir conseillère de Paris à la Libération, elle déposa en 1945 un projet de loi prévoyant leur suppression. La loi fut adoptée le 9 avril 1946. Depuis, les femmes/les hommes qui s’adonnent à la prostitution n’ont plus que le trottoir pour lieu de travail. Ou leur clavier d’ordinateur. Avant, enfermées dans des maisons capitonnées, ils/elles faisaient rêver. Maintenant, jeté(e)s par la loi Marthe Richard dans la rue ou sur internet, ce sont des travailleuses du sexe. Leurs conditions de vie sont toujours aussi précaires. Sous prétexte d’améliorer leur sort, la loi n’a fait que les rendre invisibles. Les voilà maintenant vouées à la semi-clandestinité, à l’ombre, à la honte, au déni et au silence. On appelle ça le progrès.

Exposition Maisons Closes, du 28 octobre au 31 janvier 2010.
“Bordels de femmes. Bordels d’hommes. 1860-1946.”

Galerie au Bonheur du jour : 11 rue Chabanais – 75002 Paris. Tél. : 01 42 96 58 64.
Du mardi au samedi 14H30-19H30

Un livre Maisons closes 1860-1946 : 328 pages, 400 illustrations, couverture reliée, 17 rubriques et 5 sous-rubriques, avec les textes, et leur traduction en anglais. 1500 exemplaires dont 50 hors commerce dédicacés. Editions Nicole Canet.

Fonte Les 400 culs

Agnès Giard: Journaliste spécialisée dans les contre-cultures, le Japon et l’art déviant, correspondante pendant neuf ans de la revue japonaise S & M Sniper, je suis l’auteur du livre d’art Fetish Mode (éd. Wailea, Tokyo, 2003), (éd. Cherche-Midi, Paris 2004), L’Imaginaire érotique au Japon (éd. Albin Michel, Paris 2006), le Dictionnaire de l’Amour et du Plaisir au Japon (éd. Glénat, 2008), et Les Objets du désir au Japon (éd. Glénat, 2009).

Mon site personnel est : AgnesGiard.com


30/07/2009 - 15:08h CONTARDO CALLIGARIS Em defesa de Berlusconi

CONTARDO CALLIGARIS



Berlusconi faz festinhas com prostitutas, e eu com isso? A capacidade de governar é afetada?

NÃO TENHO simpatia alguma pelo premiê italiano, Silvio Berlusconi.
Para começar, não acho legítimo governar e, ao mesmo tempo, ser um megaempresário em exercício. A decência pede que os políticos, durante seu serviço público, se afastem da gestão de seu patrimônio e, ainda mais, da de suas empresas.
Além disso, Berlusconi é o triste símbolo do fim de uma época em que, na Itália, o fascismo era um divisor de águas. Dos comunistas até aos liberais (passando por socialistas, social-democratas, republicanos, radicais e cristãos-democratas), apesar das diferenças, havia um propósito comum: o passado totalitário não voltaria, nunca.
Berlusconi trouxe para o poder os próprios neofascistas e outros afins, que oferecem planos radicais, sedutores e esdrúxulos para as dificuldades da nação.
Nessa empreitada, a maior aliada de Berlusconi foi a mediocridade da esquerda e do centro, cada vez menos capazes de apresentar um projeto para o país.
Nas eleições de 2008, meus sobrinhos me confessaram que votariam em Berlusconi porque, ao menos, eles entendiam o que ele se propunha a fazer, enquanto não entendiam nada do que dizia Walter Veltroni, que liderava a centro-esquerda. Se meus sobrinhos, rebentos de uma tradição antifascista, preferiam Berlusconi, a batalha estava mesmo perdida.
A Itália continua sendo uma democracia. Do fascismo, Berlusconi ressuscitou (apenas?) a vulgaridade populista, que consiste em fazer apelo ao que há de pior no eleitor, tornando-o cúmplice das soluções mais fáceis, violentas, racistas e machistas.
Com isso, nunca pensei que escreveria um dia em defesa de Berlusconi. Mas, nestes últimos dias, os opositores do premiê adotaram a mesma vulgaridade que o caracteriza.
O semanal “L’Espresso” e o cotidiano “La Repubblica” (fundados por Eugenio Scalfari, um papa do jornalismo italiano) vêm soltando trechos de gravações de telefonemas entre o premiê italiano e Patrizia D’Addario, uma prostituta de 42 anos que, aparentemente, teve encontros sexuais com Berlusconi, comentou elogiosamente sua performance na cama, gravou as conversas e as tornou públicas para se vingar porque Berlusconi não teria cumprido sei lá qual promessa.
Antes disso, o cotidiano espanhol “El País” (outra referência da imprensa europeia) divulgou uma série de fotografias de Berlusconi, em sua vila na Sardenha, com topless feminino e nudez masculina. Tudo isso começou com a publicação em destaque de denúncias ressentidas da esposa do premiê.
A vida sexual de Berlusconi não me indigna. Como não sou fascista, tampouco espero que o líder encarne grotescamente a “virilidade” de todos nós (embora, como notou João Pereira Coutinho, muitos eleitores possam se regozijar com isso). Mas me sinto insultado pela própria suposição de que essas “notícias” me interessem. Berlusconi organiza festinha com prostitutas, E EU COM ISSO? Avisem-me se a coisa afetar sua capacidade de governar.
A invasão da privacidade de um governante se justifica quando ela demonstra sua hipocrisia pública. Se Ahmadinejad, em sua iminente visita ao Brasil, for flagrado dançando numa boate gay, isso me interessaria porque ele é líder de um país que pune a homossexualidade com a morte.
Quando se descobriu que Eliot Spitzer, governador do Estado de Nova York, era cliente de uma rede de prostituição, o escândalo foi relevante porque Spitzer, quando era promotor, tinha sido um ferrenho perseguidor das prostitutas e de seus clientes. Mas Berlusconi nunca pretendeu ser “um santo”.
A ausência de relevância política das fotos e das conversas transforma os melhores órgãos da imprensa europeia em tabloides sensacionalistas e confirma que o problema da Itália de hoje não é Berlusconi, mas a decadência da oposição.
É quase uma regra: quem cata argumentos de moral privada na roupa suja de seu adversário político 1) Quer esconder e censurar seus próprios trapos (tão sujos quanto os do opositor criticado) ou, então, 2) Ele não tem nada para dizer que interesse aos eleitores e apela para uma cumplicidade de botequim (”Cara, viu a de Berlusconi com a puta?”).
Parabenizo o PT, que, em seu “Código de Ética”, aprovado nestes dias, decreta que é terminantemente vedada (artigo 6, 1) “a exploração de aspectos da vida íntima de adversários em disputas políticas ou eleitorais, internas ou externas, de qualquer natureza” (íntegra em www.pt.org.br).

ccalligari@uol.com.br